mardi 4 mai 2010

Il faut que la Grèce fasse défaut


Il faut que la Grèce fasse défaut

Avec une touchante unanimité, tous les commentateurs et les politiques de la zone euro estiment qu’il est vital de ne pas laisser la Grèce faire faillite. Ils répètent à l'infini deux arguments :

-le « défaut » de la Grèce, reconnaissant qu’elle ne peut plus rembourser ses dettes, aurait un effet domino sur d’autres pays de la zone euro, comme le Portugal voire l’Espagne, l’Angleterre ou l’Italie, précipitant ainsi une « crise systémique »…

-le défaut de la Grèce la ferait sortir de la zone euro, mettant en cause celle-ci et précipitant une chute de l’euro.

L’Allemagne est vertement critiquée, elle qui a pour de basses raisons de politique intérieure, a été trop exigeante avant d'accepter de « sauver la Grèce ».

Mais si la faillite de la Grèce était une bonne chose pour le Grèce et même pour l'Europe….Et si l’Allemagne avait été non trop dure, mais trop molle…

La Grèce ne peut plus faire face aux remboursements d’une dette exorbitante. La faillite d’un état, comme celui d’une entreprise, ne fait que constater l’impossibilité de rembourser des emprunts en gelant ceux-ci et en forçant les créanciers à accepter une perte sur les prêts réalisés. Contrairement à la connotation catastrophique du mot « faillite », la cessation de paiement n’est pas un drame. C’est une solution à une situation devenue insupportable.

Les banques qui depuis deux ans empruntent à 0% et prêtent à 4% à des états souverains perdraient une partie des cent milliards d’euros prêtés à la Grèce. Mais elles ont fait preuve d’irresponsabilité en prêtant à un pays qui allait d’évidence dans le mur. N’est-il pas normal qu’elles soient pénalisées pour leur imprudence sachant qu’elles ont par ailleurs gagné des dizaines de milliards d’euros en prêtant aux états .

Ce sont d’ailleurs les banques qui soutiennent en sous-main le plus vigoureusement le plan d’aide à la Grèce, grâce à leur accès aux pouvoir politiques, aux ministères des finances et aux media, non car ce plan est conforme à l’intérêt général, mais tout simplement parce qu’il leur permets d’échapper à la sanction de leur imprudence. Pile je gagne, face tu perds, telle est la devise des banques modernes. Elles ont tout intérêt à faire du catastrophisme en prédisant que le défaut de la Grèce serait la fin du monde, pour éviter des pertes à court terme.

Avant d'analyser les solutions, comprenons pourquoi la Grèce est en cessation de paiement.

Ses responsables politiques, qui faisait déjà joyeusement du déficit avant la crise de 2008, ont continué à dépenser massivement pendant la crise, alors que leurs recettes fiscales s’effondraient.

Ces déficits récents et considérables ont été justifiés par une vision Keynésienne primaire : pour stopper la crise il faut du déficit ! Allons-y, dépensons, soyons laxistes, c’est bon pour nos économies embourbées dans la récession.

Mais les gouvernements Grecs, comme ceux de tous les pays européens, n’ont pas compris que la relance par les déficits est une illusion à l’heure de la mondialisation. Les déficits budgétaires européens relancent surtout…la croissance Chinoise. La Chine est devenu le principal exportateur mondial grâce à la sous-évaluation du Yuan et à l’efficacité d’un système de délocalisation structurelle, et mettre de l’argent dans les poches des consommateurs européens relance surtout la machine industrielle chinoise.

Les états ont évités d’accentuer la crise de 2008 en ne commettant pas les erreurs de 1930 (équilibres budgétaires et dévaluation compétitive), mais ont cru à tort que leurs déficits massifs permettraient une relance suffisante pour… revenir à l’équilibre budgétaire. La stagnation des économies européennes et les déficits apocalyptiques de l’Angleterre, de l’Espagne ou de l’Italie démontrent l’énormité de l’erreur d’analyse commise par tous les états. Tous sont touchés, mais ceux qui étaient les plus fragiles avant la crise, comme la Grèce, sont les premiers à s’effondrer.

La crise Grecque n’est donc pas conjoncturelle mais structurelle. La Grèce est dans une impasse dont la seule issue logique est le défaut, le gel des dettes. A part écorner les profits de quelques banques imprudentes, quelles seraient les conséquences d’un défaut Grec ?

Positivement, la cessation de paiement Grecque ferait comprendre que l’irresponsabilité des états, pas plus que celui des banques, ne peut être impunie. Cela permettrait plus de rigueur future, non sous le couperet de la menace de faillite, mais en avance de phase.

La cigale grecque a besoin de rigueur. Mais sans défaut de la Grèce, tout le poids de cette rigueur va peser sur les salariés ou les retraités Grecs, qui vont devoir se serrer la ceinture non seulement pour réduire le déficit mais aussi pour rembourser les prêts de banques imprudentes et maintenant les aides d’états faussement confraternels…

La faillite aurait pour effet de répartir la douleur entre les prêteurs et les Grecs, en allégeant pour ces derniers le poids d’une austérité socialement explosive. Quant une personne, une entreprise ou un état est surendetté, la faillite n’est pas une punition. C’est une solution pour alléger le poids devenu intolérable de la dette.

La faillite Grecque ferait sortir la Grèce de l’Euro. Et alors ? En quoi la sortie de la Grèce de l’Euro serait t’elle une catastrophe. Un des principaux pays de l’Union Européenne, qui s’appelle l’Angleterre, n’est pas dans l’Eurozone et pourtant l’Euro est fort.

En fait, l’extension de la zone euro a été probablement trop rapide et s’est faite avec des pays trop fragile pour supporter la discipline monétaire qu’implique l’Euro, qui supprime notamment la possibilité de dévaluer sa monnaie pour retrouver une compétitivité perdue et des équilibres compromis.

La sortie de la Grèce de l’Euro ferait initialement baisser l’Euro. Mais pourquoi considérer la baisse de l’Euro comme un mal, alors que notre principal concurrent, la Chine, s’acharne avec succès a maintenir au cours le plus bas possible sa monnaie, le Yuan ! La baisse de l’Euro serait bénéfique pour les exportations et donc pour la croissance et l'emploi européens. Elle ne pénaliserait que les banques ou les entreprises endettées en dollars et que les importateurs ou les distributeurs, mais ceux-ci engrangent des profits indus depuis des années grâce à la sous-évaluation du dollar ou du yuan, ce ne serait donc qu’un juste retour des choses.

A terme, la sortie de la Grèce renforcerait l’Euro, comme d’ailleurs la sortie éventuelle des autres pays les plus faibles, comme le Portugal. Une zone euro limitée à la France, l’Allemagne, le Benelux, l’Italie et l’Espagne serait plus solide que la zone euro actuelle, fragilisée par des pays marginaux. Le Danemark est dans l’Union européenne et pas dans la zone euro sans que ce soit la fin du monde…

Le « défaut » de la Grèce et son départ de la zone euro auraient des conséquences très supportables, mais surtout faciliteraient son redressement et permettrait son retour éventuel dans la zone euro une fois son économie et ses finances publiques assainies. C’est ce que l’Angleterre essaie d'ailleurs de faire en laissant filer la Livre pour se refaire une santé en boostant ses exportations.

Pourquoi masquer la vérité, abandonner une solution naturelle, et laisser les banques échapper à une sanction en aidant la Grèce à se maintenir dans l’euro et à éviter le défaut ? Les pertes des banques seraient tout à fait supportables et ne feraient que réduire leurs profits redevenus anormalement élevés. Et si demain le Portugal suivait le chemin Grec, la zone euro en sortirait renforcée, les banques survivraient, et le redressement des pays concernés en serait facilité.

La théorie des dominos a été utilisée par les américains pour justifier la guerre du Vietnam et par Goldman Sachs pour déclencher le soutien à AIG. Mais il est des cas ou il est préférable de crever l’abcès plutôt que de laisser le pus s’accumuler.

Si Monsieur Papandréou était lucide et courageux, s’il mettait en avant l’intérêt des Grecs au lieu d’une fierté mal placée à ne pas faire « faillite », ou d’une connivence curieuse avec les banques et leurs alliés les ministères des finances des grands pays, il refuserait le plan de soutien, déclarerait le gel des dettes Grecques et sortirait de la zone Euro. Pour le bien des Grecs, de la Grèce, et de l’Europe.

lundi 26 avril 2010

le salaire de la peur

Le salaire de la peur

Les économies développées ont un boulet au pied : les dépenses liées à la peur, qui tuent la croissance plus sûrement que les bulles financières.

Le 11 Septembre a créé une peur intense du terrorisme qui s’est traduit par une augmentation formidable des dépenses liées à la sécurité-et du temps perdu dans les aéroports. Mais c’est aussi à cause du terrorisme que les Etats-Unis ont envahi l’Irak ou que l’Occident est intervenu en Afghanistan. C’est par peur du terrorisme qu’Israël a construit pour quelques milliards son mur coupant en deux une terre éternelle. Les terroristes ont réussi à nous affaiblir au-delà de toute espérance non par leurs actes mais par les dépenses en centaines de milliards qu’ils ont réussi à nous imposer. Et par les souffrances énormes que les états tétanisés par la peur ou instrumentalisant la peur ont infligé à des populations innocentes, fabriquant de nouveaux terroristes en une spirale infernale.

Le terrorisme tue infiniment moins que la route, l’alcool, le cancer, l’obésité, la guerre. Les morts du terrorisme se comptent en milliers par an, ceux des autres maux de l’humanité en dizaines de millions. On investit probablement un million fois plus pour éviter un mort par le terrorisme que pour un mort d’une autre cause. Et pourtant, un mort est un mort. Mais c’est la peur qui nous guide, activée par l’intérêt bien compris de quelques entreprises, comme Halliburton, la société de Dick Cheyney, faucon de la guerre en Irak qui a rapporté à son entreprise quelques milliards de dollars. Il y a plus de mercenaires grassement payés que de soldats réguliers en Irak.

Nos sociétés ont aussi une peur bleue du délinquant. En France, chaque fait divers a donné lieu à une loi sécuritaire qui a considérablement augmenté le nombre de gardés à vue et de prisonniers. Aux Etats-Unis, la peur du noir et du pauvre se traduit par l’emprisonnement de près de 1% de la population. A 50 000€ par prisonnier et par an, c’est environ 100Milliards de dollars qui sont dépensés…pour fabriquer des délinquants. Car la prison est une fabrique de délinquants : les petits délinquants sont transformés en grands délinquants par le climat social de la prison et l’absence de politique de réinsertion. La peur conduit aussi à la multiplication des forces de police, par exemple en France avec cette innovation assez récente : la police municipale, qui coûte les yeux de la tête aux communes pour quelques cowboys ou quelques retraités ne faisant pas bouger d’un iota la sécurité dans les villes. L’insécurité est une réalité dans certaines banlieues mais la réponse répressive aveugle coûte très cher et ne la diminue pas, au contraire.

La encore seules quelques entreprises, fournissant des armes ou des services (comme la guerre, la gestion des prisons sera de plus en plus confiée au privé) bénéficient de ce climat de peur.

La peur du terrorisme et de la délinquance coûtent des centaines de milliards en dépenses improductives. Et elles ont des effets pervers indirects considérables. Perte de temps, exacerbation des tensions sociales, haine de l’état, sentiment d’injustice. Guantanamo a porté un coup fatal à l’image d’intégrité de la démocratie américaine. Les centaines de milliers de garde à vue en France ont un effet nul sur la délinquance et conduisent à une hostilité inutile envers la police parce qu’une minorité de policiers traitent le citoyen comme un sous-homme.

Après la peur du terrorisme et de la délinquance, la peur de la l’épidémie. Comme si nous étions encore tétanisés par le souvenir de la peste noire du XIV ° siècle. La panique de la ministre de la santé française faisant fabriquer des dizaines de millions de vaccins et organisant des séances de vaccination dans les gymnases illustre la folie et le gaspillage auxquels peuvent conduire la peur. La ministre a des excuses : l’Organisation Mondiale de la Santé, semble t’il instrumentalisée par des entreprises pharmaceutiques, a tiré avec brutalité le signal de la peur, au nom d’un principe de précaution camouflant mal des intérêts économiques moins reluisants.

La politique de la santé est elle-même façonnée par la peur de la mort qui conduit à l’acharnement thérapeutique inhumain ou à l’exploit de maintenir en vie des prématurés de plus en plus embryonnaires qui seront de futurs handicapés. La peur de la maladie provoque une surconsommation massive de médicaments dont certains sont de purs placebos, ou ont des effets secondaires bien pire que les effets primaires qu’ils prétendent guérir.

Nos sociétés sont devenues peureuses, les media renforcent et capitalisent sur la peur, le tout pour un coût économique et social formidable dont ne bénéficient qu’une poignée d’entreprises opportunistes ou manipulatrices, les capitalistes de la peur. Paradoxalement, les vrais dangers dont nous devrions avoir peur, comme la guerre, la dégradation de l’environnement, les désastres nutritionnels, sont balayés sous le tapis par les groupes de pressions qui souffriraient de la lutte contre ces vrais fléaux. Les groupes agroalimentaires traitent avec désinvolture les sucres, les graisses, les additifs ou les pesticides. Les grands groupes énergétiques ou industriels se battent contre les écologistes qui risqueraient de leur faire perdre quelques points de marge pour sauver la planète. Les industriels de l’armement produisent et vendent massivement les armes qui tuent tout aussi massivement des civils, des bombes à fragmentation aux mines antipersonnel…

Nous marchons sur la tête. Nous escamotons les peurs légitimes et nous montons en épingle de fausses peur, par combinaison de cupidité et de lâcheté. Le salaire de la peur est colossal mais nul n’a le courage de le remettre en cause.

Nos économies vont peut-être finir par mourir de peur.

vendredi 5 février 2010

Les Vautours sont de retour (2)



Blanc bonnet et bonnet blanc



Nicolas Sarkozy a récemment, vilipendé la finance anglo-saxonne. Il avait raison.

Il lui a opposé un prétendu modèle financier européen. Il avait tort.

La stratégie et les modèles des banques sont les même des deux côtés de l’Atlantique.

La finance Anglo-Saxonne est devenue un organisme parasitaire du corps économique. Les bonus gigantesques et « ignobles » (d’après Barack Obama) ne sont qu’un symptôme d’un mal beaucoup plus profond. C’est le morceau que prélève le management sur une rente colossale et illégitime :

- Dans ses métiers traditionnels, qui consistent à gérer l’épargne et prêter à bon escient, la finance Anglo-Saxonne a adopté une stratégie de rapace. Son objectif est d’extraire une rente maximum des ménages, des collectivités et des entreprises, sans délivrer en contrepartie de réelle valeur. Quelques exemples : pour la simple gestion des comptes bancaires, une série de chausses trappes et de facturations abusives ont permis de multiplier par deux les frais de gestion en quelques années ; les sociétés de carte de crédit et de prêts à la consommation grâce au jeu d’intérêts exorbitants et de pénalités abusives, parviennent à extorquer l’équivalents d’intérêts de 40 % ou plus à leurs clients ; les prêts aux collectivités territoriale sont été réalisés des conditions exorbitantes camouflées sous forme de lignes illisibles dans des contrats interminables.

Les banques et les organismes financiers Anglo-Saxons pratiquent systématiquement la stratégie de la sur promesse, qui consiste à enfler les avantages et à camoufler les risques ou les coûts d’une opération financière, et la stratégie de la prédation, qui consiste à abuser d’une position de force pour maximiser sa rente, par exemple par des empilements de commissions discrètes. La finance Anglo-Saxonne cible d’ailleurs les clients les plus vulnérables, les plus faciles à berner avec des produits complexes, comme les pauvres ou les collectivités publiques, premières victimes de la crise des subprimes et des produits dérivés « exotiques ».

- La finance Anglo-Saxonne s’est développée dans de nouveaux métiers dont la caractéristique est d’être très rémunérateurs sans créer de valeur, voire en détruisant de la valeur pour la collectivité. Par exemple le trading, mélange d’arbitrage et de spéculation, qui permets des profits considérables tout en fragilisant le système financier. Les produits dérivés ou exotiques, comme les Credit Default Swap (CDS), qui permettent d’encaisser des commissions importantes tout en déresponsabilisant les prêteurs. La titrisation, qui permet de refiler le risque à d’autres tout en gardant les profits. L’industrialisation du délit d’initiés par les banques qui sont à la fois gérant de portefeuille et analystes financiers.

Les deux caractéristiques de ces nouveaux métiers sont l’empilement de commissions dues quelle que soit la performance, les gains considérables sans création de valeur et l’absence de sanction financière directe en cas de contre performance : pile je gagne, face tu perds.

- la finance Anglo-Saxonne prends des risques considérables à court terme, engrange des profits tout aussi considérable, et quand l’heure du jugement sonne et que surviennent des pertes abyssales, résultat direct de sa prise de risque inconsidéré et contrepartie naturelle des profits absurdes qu’elle a encaissé, se tourne en mendiant ou en imprécateur vers l’état, c'est-à-dire vers les contribuables, pour lui demander de boucher les trous qu’elle a creusé, en invoquant la nécessité d’éviter un risque systémique…qu’elle a créé. Privatisation des profits, socialisation des pertes. C’est ainsi que Goldman Sachs a réussi à convaincre l’état américain de renflouer à hauteur de 120 Milliards de dollars l’assureur AIG, roi des produits dérivés et de la titrisation, pour lui éviter la faillite et surtout …éviter à Goldman Sachs de perdre plusieurs dizaines de milliards de dollars… Dans ces grandes opérations de renflouement, personne ne demande jamais, bien sûr, aux institutions financières de rembourser les profits indus du passé. Il ne faut pas désespérer Wall Street.

Résultat : la finance est devenue un gigantesque parasite des économies Anglo-Saxonnes, captant une rente considérable au détriment du reste de l’économie que loin de consolider, elle affaiblit dramatiquement. Le management s’approprie une partie de cette rente : les bonus 2009 reçus pas les dirigeants et les cadres des banques américaines devraient approcher les 150 milliards de dollars ! Parallèlement, un chômage destructeur, lié aux erreurs des mêmes banques, s’installe dans tous les pays développés. L’autorité publique de transport de Detroit a du licencier une centaine de conducteur de bus pour payer les pénalités exorbitantes d’emprunts exotiques contractés auprès d’UBS ou de Goldman Sachs, pénalités qui ont permis de donner plusieurs millions de dollars de bonus à quelques dirigeants . Trois super bonus contre cent emplois détruits : quel deal !

En 2007 les profits de la finance américaine ont représentés 40% du total des profits de toutes les entreprises du pays, et 40% des diplômés de la Harvard Business School ont choisi la finance, alors qu’un pourcentage « normal » serait compris entre 5 et 10%...

Mais la finance française, contrairement à ce que penses Nicolas Sarkozy, a adopté avec délices le modèle anglo-saxon. Les bonus sont moins obscènes mais le mal est aussi profond.

- les banques françaises, par exemple à travers leurs filiales de crédit à la consommation, se comportent comme des prédateurs à l’anglo-saxonne. L’alourdissement des frais bancaires et la transformation des employés de banque en machines à maximiser les prélèvements aux clients est une triste réalité. Dexia et Natixis, comme Goldman Sachs et UBS, ont fait des prêts toxiques à des collectivités territoriales françaises, plombant les comptes de villes ou de conseils généraux…Les banques françaises pratiquent ainsi allégrement la sur promesse et le captage de rente, même si elles montrent parfois plus de retenues que leurs consœurs anglo-saxonnes. Le client est devenu une sorte de vache à lait qu’il faut traire au maximum….et jeter s’il n’est pas assez rentable. Le bon client n’est pas celui qui gère prudemment son compte, sans découverts ni incidents, mais celui qui accumule les pénalités, emprunte de façon déraisonnable, et souscrit aveuglément à tous les produits proposés par sa banque (quand ces produits ne lui sont pas vendus de force…).

- les activités exotiques, trading, produits dérivés etc. représentent depuis quelques années et vont représenter en 2009 une part très importantes des profits redevenus considérables des banques…L’affaire Kerviel est encore d’actualité. Et le sauvetage d’AIG par l’Etat Américain a évité des pertes de plusieurs dizaines de milliard d’euros aux grandes banques françaises, empêtrées dans des CDS ou autres produits titrisés.

Une partie de ces produits dérivés est bien sûr utile à l’industrie ou aux investisseurs, en leur permettant de s’assurer contre certains risques (de change, de hausse de taux, d’inflation etc.). Mais les produits dérivés « utiles « sont très probablement minoritaires par rapport à ceux qui ne servent qu’à encaisser des commissions ou bénéficier d’arbitrages techniques.

- les banques françaises ont sollicité avec insistance, comme leurs consœurs Anglo-Saxonnes, l’aide de l’état, pour les sortir d’une situation ou leur imprudence et leur avidité les avaient conduites.Comme leurs consœurs Anglo-Saxonnes, la majorité des banques françaises semblent essentiellement motivées par l’appât du gain à court terme, par l’extraction d’une rente maximum des entreprises ou des particuliers. Elles empilent comme elles les commissions, elles prennent comme elle des risques indus, leurs profits et les rémunérations sont, comme outre atlantique, exorbitantes par rapport à leur utilité économique et sociale…Sans aller aussi loin dans l’excès, et étant parfois plus rigoureuses, comme BNP Paribas, elles suivent cependant le même modèle. Ainsi, des fournées de Centraliens, de Normaliens ou de Polytechniciens s’engouffrent dans le trading par seul appâts du gain immédiat au lieu de rallier l’industrie : ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour la France…

Il faut donc balayer devant notre porte.

Or pour l’instant ton gouvernement français semble plus enclin, par aveuglement ou par réseautage, à ne rien faire. Quand un député propose un impôt supplémentaire de 10% des profits des banques, Madame Lagarde vole à leur rescousse. Quand on propose de limiter certains salaires absurdes, la vielle antienne « nous allons perdre les meilleurs » est chantée en chœur. Le gouvernement enterre la class action à la française, seule capable de constituer un contrepouvoir au pouvoir des particuliers par rapport aux banques. Une loi sur la faillite personnelle à l’Alsacienne ou à l’Américaine, seule capable de forcer les banques à la prudence et à éviter l’extorsion, est enterrée sous la pression amicale des banques. Quand l’assemblée a évoqué l’interdiction de la publicité pour les crédits revolving, le gouvernement monte au créneau pour la maintenir.

Après avoir plié l’échine sous les remontrances, et avoir calmé la colère présidentielle par des promesses et ou des déclarations d’intention, les banques ont repris le « business as usual ». Et leur voix porte plus dans les couloirs des ministères, de l’assemblée, du Sénat, ou même de l’Elysée, que celle de l’intérêt général.

Même les Anglo-Saxons ont parfois montré plus de fermeté que la France : Royal Bank of Scotland a été nationalisée à 70% et l’état anglais y bloque tous les bonus malgré les glapissements de la City. En France, la montagne des déclarations fracassantes du type « on va mater ces banquiers irresponsables » a accouché d’une souris de mesures médiatique de principe.

Oui il y a un besoin criant de réformer le système financier et bancaire. Et si on commençait en France, pour donner réellement l’exemple en montrant courage et détermination au service de l’intérêt de l’économie. La seule chose que les Chinois n’ont pas importé c’est d’ailleurs notre système financier. Je crois qu’ils ont compris qu’il était destructeur de valeur et de compétitivité. Ils préfèrent nous laisse nous engluer dans la finance pendant qu’ils deviennent les rois de l’industrie…

Les banques ne sont pas coupables. Légitimement, elles maximisent leur profit dans le cadre des règles qui leur sont données par l’état. Mais c’est justement à l’état, sans se laisser influencer par leurs sirènes biaisées, de fixer les règles qui permettront de faire converger leur comportement et l’intérêt général…

vendredi 29 janvier 2010

les vautours sont de retour (2)



Les Vautours sont de retour ou Blanc bonnet et bonnet blanc

La stratégie et les modèles des banques sont les même des deux côtés de l’Atlantique.

La finance Anglo-Saxonne est devenue un organisme parasitaire du corps économique. Les bonus gigantesques et « ignobles » (d’après Barack Obama) ne sont qu’un symptôme d’un mal beaucoup plus profond. Ce n'est que le morceau que prélève le management des banques sur une rente colossale et illégitime :

Dans ses métiers traditionnels, qui consistent à gérer l’épargne et prêter à bon escient, la finance Anglo-Saxonne a adopté une stratégie de rapace. Son objectif est d’extraire une rente maximum des ménages, des collectivités et des entreprises, sans délivrer en contrepartie de réelle valeur.
Quelques exemples : pour la simple gestion des comptes bancaires, une série de chausses trappes et de facturations abusives ont permis de multiplier par deux les frais de gestion en quelques années ; les sociétés de carte de crédit et de prêts à la consommation grâce au jeu d’intérêts exorbitants et de pénalités abusives, parviennent à extorquer l’équivalents d’intérêts de 40 % ou plus à leurs clients ; les prêts aux collectivités territoriale sont été réalisés des conditions exorbitantes camouflées sous forme de lignes illisibles dans des contrats interminables.

Les banques et les organismes financiers Anglo-Saxons pratiquent systématiquement la stratégie de la sur promesse, qui consiste à enfler les avantages et à camoufler les risques ou les coûts d’une opération financière, et la stratégie de la prédation, qui consiste à abuser d’une position de force pour maximiser sa rente, par exemple par des empilements de commissions discrètes. La finance Anglo-Saxonne cible d’ailleurs les clients les plus vulnérables, les plus faciles à berner avec des produits complexes, comme les pauvres ou les collectivités publiques, premières victimes de la crise des subprimes et des produits dérivés« exotiques ».

La finance Anglo-Saxonne s’est développée dans de nouveaux métiers dont la caractéristique est d’être très rémunérateurs sans créer de valeur, voire en détruisant de la valeur pour la collectivité. Par exemple le trading, mélange d’arbitrage et de spéculation, qui permets des profits considérables tout en fragilisant le système financier. Les produits dérivés ou exotiques, comme les Credit Default Swap (CDS), qui permettent d’encaisser des commissions importantes tout en déresponsabilisant les prêteurs. La titrisation, qui permet de refiler le risque à d’autres tout en gardant les profits. L’industrialisation du délit d’initiés par les banques qui sont à la fois gérant de portefeuille et analystes financiers.

Les deux caractéristiques de ces nouveaux métiers sont l’empilement de commissions dues quelle que soit la performance, les gains considérables sans création de valeur et l’absence de sanction financière directe en cas de contre performance : pile je gagne, face tu perds.

La finance Anglo-Saxonne prends des risques considérables à court terme, engrange des profits tout aussi considérable, et quand l’heure du jugement sonne et que surviennent des pertes abyssales, résultat direct de sa prise de risque inconsidéré et contrepartie naturelle des profits absurdes qu’elle a encaissé, se tourne en mendiant ou en imprécateur vers l’état, c'est-à-dire vers les contribuables, pour lui demander de boucher les trous qu’elle a creusé, en invoquant la nécessité d’éviter un risque systémique…qu’elle a créé. Privatisation des profits, socialisation des pertes. C’est ainsi que Goldman Sachs a réussi à convaincre l’état américain de renflouer à hauteur de 120 Milliards de dollars l’assureur AIG, roi des produits dérivés et de la titrisation, pour lui éviter la faillite et surtout …éviter à Goldman Sachs de perdre plusieurs dizaines de milliards de dollars… Dans ces grandes opérations de renflouement, personne ne demande jamais, bien sûr, aux institutions financières de rembourser les profits indus du passé. Il ne faut pas désespérer Wall Street.

Résultat : la finance est devenue un gigantesque parasite des économies Anglo-Saxonnes, captant une rente considérable au détriment du reste de l’économie que loin de consolider, elle affaiblit dramatiquement. Le management s’approprie une partie de cette rente : les bonus 2009 reçus pas les dirigeants et les cadres des banques américaines devraient approcher les 150 milliards de dollars ! Parallèlement, un chômage destructeur, lié aux erreurs des mêmes banques, s’installe dans tous les pays développés. L’autorité publique de transport de Detroit a du licencier une centaine de conducteur de bus pour payer les pénalités exorbitantes d’emprunts exotiques contractés auprès d’UBS ou de Goldman Sachs, pénalités qui ont permis de donner plusieurs millions de dollars de bonus à quelques dirigeants . Trois super bonus contre cent emplois détruits : quel deal !

En 2007 les profits de la finance américaine ont représentés 40% du total des profits de toutes les entreprises du pays, et 40% des diplômés de la Harvard Business School ont choisi la finance, alors qu’un pourcentage « normal » serait compris entre 5 et 10%...

Mais la finance française, contrairement à ce que penses Nicolas Sarkozy, a adopté avec délices le modèle anglo-saxon. Les bonus sont moins obscènes mais le mal est aussi profond.

Les banques françaises, par exemple à travers leurs filiales de crédit à la consommation, se comportent comme des prédateurs à l’anglo-saxonne. L’alourdissement des frais bancaires et la transformation des employés de banque en machines à maximiser les prélèvements aux clients est une triste réalité. Dexia et Natixis, comme Goldman Sachs et UBS, ont fait des prêts toxiques à des collectivités territoriales françaises, plombant les comptes de villes ou de conseils généraux…Les banques françaises pratiquent ainsi allégrement la sur promesse et le captage de rente, même si elles montrent parfois plus de retenues que leurs consœurs anglo-saxonnes. Le client est devenu une sorte de vache à lait qu’il faut traire au maximum….et jeter s’il n’est pas assez rentable. Le bon client n’est pas celui qui gère prudemment son compte, sans découverts ni incidents, mais celui qui accumule les pénalités, emprunte de façon déraisonnable, et souscrit aveuglément à tous les produits proposés par sa banque (quand ces produits ne lui sont pas vendus de force…).

Les activités exotiques, trading, produits dérivés etc. représentent depuis quelques années et vont représenter en 2009 une part très importantes des profits redevenus considérables des banques…L’affaire Kerviel est encore d’actualité. Et le sauvetage d’AIG par l’Etat Américain a évité des pertes de plusieurs dizaines de milliard d’euros aux grandes banques françaises, empêtrées dans des CDS ou autres produits titrisés.

Une partie de ces produits dérivés est bien sûr utile à l’industrie ou aux investisseurs, en leur permettant de s’assurer contre certains risques (de change, de hausse de taux, d’inflation etc.). Mais les produits dérivés « utiles « sont très probablement minoritaires par rapport à ceux qui ne servent qu’à encaisser des commissions ou bénéficier d’arbitrages techniques.

Les banques françaises ont sollicité avec insistance, comme leurs consœurs Anglo-Saxonnes, l’aide de l’état, pour les sortir d’une situation ou leur imprudence et leur avidité les avaient conduites.Comme leurs consœurs Anglo-Saxonnes, la majorité des banques françaises semblent essentiellement motivées par l’appât du gain à court terme, par l’extraction d’une rente maximum des entreprises ou des particuliers. Elles empilent comme elles les commissions, elles prennent comme elle des risques indus, leurs profits et les rémunérations sont, comme outre atlantique, exorbitantes par rapport à leur utilité économique et sociale…Sans aller aussi loin dans l’excès, et étant parfois plus rigoureuses, comme BNP Paribas, elles suivent cependant le même modèle. Ainsi, des fournées de Centraliens, de Normaliens ou de Polytechniciens s’engouffrent dans le trading par seul appâts du gain immédiat au lieu de rallier l’industrie : ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle pour la France…

Il faut donc balayer devant notre porte.

Or pour l’instant ton gouvernement français semble plus enclin, par aveuglement ou par réseautage, à ne rien faire. Quand un député propose un impôt supplémentaire de 10% des profits des banques, Madame Lagarde vole à leur rescousse. Quand on propose de limiter certains salaires absurdes, la vielle antienne « nous allons perdre les meilleurs » est chantée en chœur. Le gouvernement enterre la class action à la française, seule capable de constituer un contrepouvoir au pouvoir des particuliers par rapport aux banques. Une loi sur la faillite personnelle à l’Alsacienne ou à l’Américaine, seule capable de forcer les banques à la prudence et à éviter l’extorsion, est enterrée sous la pression amicale des banques. Quand l’assemblée a évoqué l’interdiction de la publicité pour les crédits revolving, le gouvernement monte au créneau pour la maintenir.

Après avoir plié l’échine sous les remontrances, et avoir calmé la colère présidentielle par des promesses et ou des déclarations d’intention, les banques ont repris le « business as usual ». Et leur voix porte plus dans les couloirs des ministères, de l’assemblée, du Sénat, ou même de l’Elysée, que celle de l’intérêt général.

Même les Anglo-Saxons ont parfois montré plus de fermeté que la France : Royal Bank of Scotland a été nationalisée à 70% et l’état anglais y bloque tous les bonus malgré les glapissements de la City. En France, la montagne des déclarations fracassantes du type « on va mater ces banquiers irresponsables » a accouché d’une souris de mesures médiatique de principe.

Oui il y a un besoin criant de réformer le système financier et bancaire. Et si on commençait en France, pour donner réellement l’exemple en montrant courage et détermination au service de l’intérêt de l’économie. La seule chose que les Chinois n’ont pas importé c’est d’ailleurs notre système financier. Je crois qu’ils ont compris qu’il était destructeur de valeur et de compétitivité. Ils préfèrent nous laisse nous engluer dans la finance pendant qu’ils deviennent les rois de l’industrie…

Les banques ne sont pas coupables. Légitimement, elles maximisent leur profit dans le cadre des règles qui leur sont données par l’état. Mais c’est justement à l’état, sans se laisser influencer par leurs sirènes biaisées, de fixer les règles qui permettront de faire converger leur comportement et l’intérêt général…

lundi 21 décembre 2009

Le bulldozer chinois


Au XIX°, l’Angleterre a réussi à détruire à son profit l’industrie textile indienne , alors la première du monde, en combinant protectionnisme forcené à l’importation et libre échange agressif, au besoins soutenu par des canonnières, à l’exportation. En cinquante ans, l’Angleterre avait remplacé l’Inde comme première puissance textile mondiale. Elle devint ensuite la première puissance industrielle du monde.


Une vraie stratégie : le libre échange comme arme de guerre.


Deux cents ans plus tard, la Chine a remplacé l’Angleterre. Avec les mêmes résultats, à deux nuances près : inutile de nous envoyer des canonnières pour forcer l’ouverture des marchés, nous les ouvrons volontairement ; et ce n’est pas l’industrie asiatique qui est balayée au profit de l’occident mais…l’industrie occidentale qui est balayée au profit de l’Asie.


Capitalisant sur notre myopie, la Chine déploie avec ténacité et succès une stratégie redoutable :

· Elle a d’abord créé une immense industrie de la sous-traitance pour les entreprises multinationales occidentale. Grâce à ces multinationales du jouet, du textile, du sport, du luxe, ou de l’électronique grand public, la Chine a su devenir un exportateur majeur et à faire disparaître d’Occident la base industrielle de ces secteurs. La Chine a également permis a ces entreprises multinationales de bloquer les salaires des ouvriers occidentaux grâce à la menace de délocalisation. Ces grandes multinationales sont devenues ses alliés objectifs : elles ont augmenté leur profit sur les décombres de sous-traitants balayés par la délocalisation.


· En parallèle, la Chine a délibérément freiné les importations par un protectionnisme forcené mais masqué derrière des procédures bureaucratiques diverses. Parallèlement, elle a inventé la délocalisation à l’envers, en exportant massivement sa main d’œuvre à l’étranger pour tous les contrats de construction qu’elle a obtenu. Environ un million de travailleur chinois sous-payés travaillent en dehors de Chine. Elle a ainsi développé un excédent massif de sa balance commerciale lui permettant d’accumuler des réserves de change considérables.


· Elle a délibérément bloqué le retour à l’équilibre de da balance commerciale (selon Adam Smith un excédent de la balance commerciale se traduit par une appréciation de la monnaie nationale par rapport aux autres monnaies, qui permets faire disparaître l’excédent commercial), et ceci grâce à une sous-évaluation systématique et organisée du Yuan (de 50% environ aujourd’hui) . Cette sous-évaluation lui donne-non un avantage comparatif à la Adam Smith -mais un avantage absolu en termes de compétitivité mondiale.

· La Chine s’affranchit délibérément les règles du libre échange, sans que l’OMC ne proteste. L’OMC est ainsi faite qu’un lambeau de droit de douane de quelque % la rends hystérique tandis qu’elle reste de marbre devant une sous-évaluation systématique de plusieurs dizaines de % d’une monnaie. L’OMC, instrumentalisée par la Chine, a ainsi présidé à la destruction de l’industrie occidentale par les délocalisations.

· La Chine a récemment trouvé un nouveau moyen de faire dégringoler sa monnaie pour renforcer sa compétitivité à l’exportation: instrumentaliser ses réserves de change considérable en vendant des dollars- monnaie à laquelle le Yuan est vissé-pour faire chuter ce dernier- et donc le yuan- par rapport au yen ou à l’euro.

· La Chine profère systématiquement protestations et menaces au moindre embryon de protectionnisme à son égard (comme lorsqu’Obama a frappé de 35% de droits les pneus chinois), protestations qui sont reprises en écho par les sectaires du libre échange, comme The Economist. Les intégristes du libre-échange, en retard d’un siècle, sont ainsi eux devenus aussi les alliés objectifs de la Chine. En revanche, la Chine botte habilement en touche dès que des voix timides comme celles de Strauss-Kahn, le président du FMI, s’élèvent pour lui demander de réévaluer sa monnaie ou d’ouvrir son économie aux exportations des autres pays.

· La Chine force les entreprises occidentales cherchant à avoir accès au marché Chinois soit à s’implanter en Chine ou soit à céder leur technologie, soit les deux, comme dans le nucléaire, l’automobile, l’aéronautique, l’électronique. La aussi elle capitalise sur la myopie des gouvernements occidentaux, prompt à pousser leurs entreprises à toutes les concessions pour emporter de grands marchés et pouvoir se glorifier de « contrats du siècle ». C’est ainsi que le gouvernement français, soucieux de l’effet d’annonce de la vente d’avions ou de centrales nucléaires, n’a pas hésité à forcer les dirigeants d’Areva ou à Airbus, contre leur avis, à transférer de la technologie vers la Chine.

· La Chine investi massivement dans l’éducation et la recherche, clés de la compétitivité à long terme, notamment en envoyant des étudiants dans les plus grandes universités mondiales, la aussi aidée par ces même universités, qui considèrent que leur succès se mesure au nombre de ces étudiants Chinois, et qui font tout pour les attirer, eux qui demain renforceront encore la compétitivité déjà formidable de leur pays.

La Chine est en 2009 le premier producteur de voitures, d’acier, de jouets ou de ciment du monde, le premier pays du monde pour les réserves de change, elle consomme 50% du minerai de fer mondial, elle a réussi à croître de 8% en 2009 quand l’occident s’enfonçait dans la récession, la Chine rachète Volvo.

Certains commentateurs à courte vue, autres alliés objectifs de la Chine, s’accrochent à la croissance chinoise comme un pendu à sa corde en espérant qu’elle va « tirer » notre croissance. Au contraire, comme le montre sa prospérité pendant notre récession, elle contribue à nous empêcher de redémarrer en accentuant son avantage compétitif et en accélérant la chute de notre industrie. La Chine développe l’emploi chez elle en développant le chômage chez nous.

On peut prédire la suite : la Chine va devenir la première puissance économique mondiale sur les ruines de l’industrie occidentale : le jouet, le textile, les articles de sport, l’électronique grand public, seront suivis comme des dominos par l’automobile, la chimie, l’aéronautique, les équipements télécoms. Au nouvel Empire du Milieu la croissance et l’emploi. A l’occident la stagnation et le chômage.

Il faut craindre la Chine, mais elle n’est en revanche pas critiquable : elle a parfaitement raison de jouer son jeu avec un égoïsme pragmatique, guidée par son strict intérêt national. La Chine au XXI° siècle, comme l’Angleterre au XIX°, a une stratégie à long terme face à des pays sans stratégie comme la France ou les Etats-Unis. Elle a su instrumentaliser notre fanatisme libre échangiste (né en Angleterre au XIX° mais qui se retourne aujourd’hui contre l’occident), la confusion entre l’intérêt de quelques entreprises et l’intérêt général (Areva, Alstom, Citroën et Vuitton aiment la Chine…pour l’instant), notre aveuglement face à une stratégie pourtant lumineuse.

Sans empêcher la Chine de progresser, ce qui est bon pour tous si cette progression est raisonnable, peut-être faudrait-il éviter qu’elle le fasse sur les ruines de notre industrie et de nos services … Face à un joueur d’échec qui voit dix coups plus loin, il faut aussi voir dix coups plus loin pour ne pas perdre. Un protectionnisme très sévère vis-à-vis de la Chine, à l’échelon de grandes zones de libre échange comme l’Europe ou le Nafta peut nous permettre de résister au Tsunami. Surtout pas un protectionnisme national, comme pendant la crise de 1929, mais la combinaison d’un libre-échange intrazone et d’un protectionnisme régional.

Pour sortir de la crise de 2008 il faut renverser la tendance suicidaire des quinze dernières années : délocalisation, stagnation du pouvoir d’achat, chômage, déficits, et stratégie contre stratégie, transformer le bulldozer en charrue. Mais le sommet de Copenhague, ou l’égoïsme de la Chine, deuxième pollueur mondial, a triomphé de sa vision à long terme, laisse un espoir limité de ramener le géant à la raison.

mercredi 2 décembre 2009

Les vautours sont de retour

Dès que les nuages semblent s’éloigner, les rapaces reviennent.

Le rôle des banquiers devrait être de nous aider à gérer intelligemment notre argent et à faire le lien entre épargne et investissement, deux fonctions importantes et qui justifient des profits raisonnables.

Mais les banquiers ont découvert que d’autres opérations étaient infiniment plus rentables, comme la création de produits dérivés ou structurés, la titrisation, la spéculation ou l’arbitrage regroupés sous le nom de hedge, l’industrialisation du délit d’initié, ou les prêts immobiliers aux plus pauvres (les fameux subprimes). Des activités créant du profit faute de créer de la valeur….

Après avoir été sauvées par les états des conséquences de leurs excès dans ces opérations folles (l’état américain garanti en 2009 1500 milliards de dollars de prêts immobiliers sur un total de 1600 milliards), grâce à un chantage à la crise systémique (si nous tombons, l’économie tombe, et hop 120 milliards pour AIG), les banques ont repris mauvaises habitudes et mauvaises opérations. C’est entre autre grâce à ces activités non créatrices de valeur mais créatrices de surprofit que Goldman Sachs va distribuer pour 2009 24 milliards de bonus à ses employés….

Les signes pourtant évanescents de reprise économique ont ainsi revigoré l’une des activités les moins nobles du monde de la finance : les prêts à la consommation (si possible revolving), et les prêts sur carte de crédit (à ne pas confondre avec les cartes de paiement, comme Visa/Carte Bleue). Après un interlude bref pendant les débuts de la crise, on voit refleurir la publicité pour des prêts revolving miracles ou des cartes de crédit permettant d’emprunter à volonté. Le paradoxe est étonnant : ceux-là même qui sont à l’origine de la crise, avec leurs amis des subprimes, frappent de nouveau dès que la crise semble s’estomper.

Car le crédit à la consommation et sur carte de crédit est l’une des principales fissures qui fragilisent le système capitaliste actuel. Il consiste à survendre le plaisir immédiat : achetez le voyage, écran plat, le costume, la montre, le meuble qui vous font plaisir, en escamotant la douleur future : remboursements grevés d’intérêts parfois usuraires, pénalités brutales. Ce crédit à la consommation ressemble ainsi à la drogue ou au tabac : une gratification instantanée payée par un délabrement à terme.

Ce type de crédit fabrique des profits très importants pour les banques ou les entreprises qui le pratiquent, grâce à l’écart entre les taux quasi-usuraires pratiqués et le coût de l’argent, ce dernier ayant fortement baissé à cause de la crise. Les profits sont d’autant plus importants que les organismes prêteurs ont inventés, avec une créativité débridée, toute sorte de pénalités ou frais divers facturés « en douce » au client, qui permettent de multiplier par deux un taux nominal d’intérêt déjà élevé. On croyait payer 12%, on paie 24%. Une société de carte américaine a même inventé une pénalité pour ses clients qui payaient trop vite leur débit…car ces clients ne pouvaient être facturés de juteuses pénalités ou d’intérêts usuraires…Business Week, la très sérieuse revue américaine des entreprises, n’a pas hésité à employer le terme « d’escroquerie » pour certaines de ces pratiques.

La perversité du crédit à la consommation vient de sa méthode et de ses arguments de commercialisation, mais aussi de sa cible naturelle. Les sociétés de crédit à la consommation font un marketing intense et assourdissant, sur Internet, à la radio, à la télévision, au téléphone. Ceux qui sont le plus sensibles à ces sirènes persistantes sont les classes moyennes inférieures, ceux qui salivent devant les biens de consommation que le marketing agite sous leur nez et qu’ils n’ont pas les moyens de s’offrir sur leurs revenus courants, stagnants depuis deux décennies. Ils sont poussés à devenir des cigales irresponsables. Ce type de crédit promet du bonheur et fabrique du malheur. Une émission de télévision récente montrait un ménage au revenu de 3000 euros par mois devant rembourser 2000 euros par mois sur douze crédits différents. Impossible. Les fins de mois angoissantes, les pénalités s’accumulant et vous enfonçant un peu plus dans un trou noir…

Le crédit à la consommation n’est pas perdu pour tout le monde. Il a permis de soutenir artificiellement la croissance au prix d’un surendettement croissant des ménages, et surtout la croissance de la Chine, grande productrice de produits achetés grâce à l’endettement des consommateurs. Le crédit à la consommation, tel qu’il est pratiqué en Occident, est pourtant absurde : s’endetter pour une consommation immédiate et fugitive n’a pas de sens. Si les revenus ne suffisent pas pour acheter, que va-t-il se passer quand ces même revenus seront grevés, en plus des remboursements, d’intérêts et de pénalités. Alors il faut emprunter pour survivre malgré les remboursements, en un cycle infernal. Ce type de crédit ressemble à la drogue : plus on en prend, plus il en faut, et plus on souffre à la fin.

La timidité des gouvernements par rapport au crédit à la consommation donne la mesure à la fois de la puissance de lobbyism des institutions financières qui en profitent et de la drogue à la croissance qu’il représente. Madame Lagarde, pour lutter contre le crédit à la consommation, a …encadré sa publicité… Le courage et la fermeté auraient consisté à empêcher taux usuraires et pénalités exorbitantes, à interdire purement et simplement toute publicité (comme pour le tabac ou l’alcool), et à vraiment introduire dans la loi française la faillite personnelle pour inciter les sociétés de crédit à ne pas sur endetter les ménages. Mais la montagne de l’état français a une fois de plus accouchée d’une loi souris. Sans totalement supprimer une forme de crédit utile dans certains cas et à condition que son coût soit raisonnable, un encadrement très dur permettrait d’en éviter les perversions et les dérapages incontrôlés.

Tant que le crédit à la consommation, sous sa forme revolving ou attaché à une carte de crédit, ne sera pas sévèrement régulé, les bulles peu odorantes du surendettement réapparaitront et nous feront aller de crise en crise pour le seul intérêt des usines chinoises et des banquiers occidentaux, et au détriment des classes moyennes. De temps en temps, un petit « write-off » (JP Morgan va provisionner 1 milliard de dollars de perte sur les cartes de crédit début 2010), mais globalement une bonne affaire car l’état viendra combler les pertes si elles deviennent trop importantes… Dommage que les banques ne réalisent pas qu’en poussant les ménages à la faute pour augmenter leurs profits elles fragilisent dangereusement le système économique qui les nourrit grassement…Il vaut mieux éviter de tuer la poule aux œufs d’or…