mardi 12 mai 2009

De l’escroquerie à l’illusionnisme

Quelques réflexions provoquées par la remontée de près de 30% des cours de bourse au printemps 2008.

Madoff n’a escroqué qu’une cinquantaine de milliards de dollars à des riches qui le suppliaient de prendre leur argent. Les banques américaines, elles, auront soutiré vingt fois plus, soit plus de 1000 milliards de dollars, à l’état américain, donc au contribuable américain et peut-être aux épargnants du monde entier. Certains analystes estiment même que l’addition finale pourrait monter à …4000 milliards de dollars.

Après avoir prêté délibérément à des ménages insolvables, tenté de cacher le cadavre sous des outils exotiques comme la titrisation, et répandu ainsi la maladie dans le monde entier, après avoir ruiné des millions d’épargnants, déclenché une crise économique qui va créer des dizaines de millions de chômeurs, les banques américaines font payer l’addition par le contribuable, sans le moindre soupçon de repentir, confites dans une arrogance tranquille. Le secrétaire américain au trésor, proche des grandes banques d’affaires, a injecté près de cent milliards de dollars pour sauver une seule société, AIG, préservant ainsi les profits de ses amis des grandes banques d’affaires, comme Goldman Sachs, qui a récupéré instantanément une dizaine de milliards de dollars.

Des dizaines d’années d’excès financiers et de crédits fous, des centaines de milliards de dollars de commissions, de salaires, de bonus, contreparties d’un rôle économique douteux, sont conservées par ces banques sauvées par le contribuable. Quelques licenciements dorés, quelques retraites anticipées mais avec chapeaux en platine… Et en prime la Federal Reserve, banque centrale amie des banques et de la Bourse, passe le taux de base à 0%, sans que les banques ne diminuent leurs taux usuraires de prêts à la consommation ou sur les cartes de crédit, à 20% ou plus, ce qui regonfle les profits écornés des banques … L’économie américaine est noire, mais la finance américaine a réussi à maquiller sous une couche de roses ses rides profondes.

Magique : des excès ont permis un colossal enrichissement sans cause et quand vient l’heure du jugement, l’état rachète gentiment ces créances aujourd’hui pourries mais hier si rentables. Au surendettement des ménages, on substitue ainsi le surendettement de l’état. La dette anglaise va passer de 50 à 100% du PNB en cinq ans… Mais qui peut croire que ce transfert massif de dette du privé vers le public, cette destruction de tous les verrous de la gouvernance économique, seront sans conséquence. Quand la dette publique deviendra aussi insupportable que la dette privée l’est devenue, il faudra soit de l’hyper inflation soit des faillites d’état pour la ramener à un niveau supportable. Remember les emprunts russes. Au bout du tunnel, l’éventualité d’une ruine des épargnants telle que Madoff apparaîtra comme un plaisantin.

La bourse, elle, dans sa folie, remonte parce que les nouvelles sont un peu moins mauvaises. Comme quelqu’un qui tombe du haut d’un gratte-ciel et qui a chaque étage dit : pour l’instant, ça va… Le taux de destruction d’emploi diminue légèrement, mais chaque mois des centaines de milliers, des millions d’emplois, continuent à partir en fumée… Certaines activités reprennent car le déstockage ayant été exagéré, on revient à un niveau de stock plus normal, mais le niveau d’activité reste beaucoup plus bas qu’il y a un an. L’industrie française a chuté au premier trimestre 2008 de plus de 8% par rapport à fin 2008. Les primes à la casse limitent temporairement la casse sur le marché de l’automobile, mais Toyota a vu ses ventes baisser de 20% et Chrysler est moribond. Le Titanic de l’économie coule, mais l’orchestre de la bourse joue et joue encore. Il est vrai qu’il y a un tel matelas de liquidités mondiales, et des taux d’intérêts si anémiques, que des investisseurs sont tentés de revenir sur les marchés actions, saisissant la moindre « moins mauvaise nouvelle » pour le faire. Du coup, on assiste à une hausse des cours, et la hausse provoque la hausse, d’autres investisseurs revenant sur le marché de craindre de rater « un bull market »… Jusqu’à un nouveau krach. Les banques américaines, on le sait par le Wall Street Journal, ont récemment fait pression sur la Federal Reserve pour ce qu’elle divise par deux ou par trois le montant de la recapitalisation nécessaire pour les remettre sur les rails. Et le marché de proclamer fièrement : tout va très bien, madame la marquise, les banques américaines ne vont pas si mal que ça, youp la boum, la bourse peut remonter. Et les hommes politiques font chorus avec cette méthode Coué boursière, proclamant ce qu’ils espèrent : on voit le bout du tunnel, yahoo ! Soit ils se mentent à eux-mêmes, soit ils pensent qu’à force de dire que la crise est finie, elle disparaîtra…

A une grande escroquerie succède ainsi une gigantesque illusion. Une illusion dangereuse. En clamant que la crise est en train de finir, que la maladie est en train de guérir, on s’aveugle, on s’empêche de faire un diagnostic réaliste et courageux, de prendre les mesures dures, les remèdes de cheval, qui permettront de guérir nos économies. Dire que la crise est finie ne la supprime pas. Au contraire, elle la prolonge et la renforce. La remontée de la bourse, la sous-estimation délibérée des trous bancaires, l’absence de politique économique courageuse, la course à l’injection de liquidités et à la baisse des taux d’intérêts créent des mirages de la sortie de crise qui masquent la réalité de son aggravation.

Il y a probablement des moyens sains de faire repartir les économies : nationaliser les banques qui appartiennent déjà au contribuable, pour les guérir de leur avidité à court terme, les ramener à des taux de profit raisonnables et leur faire jouer leur rôle de transformation de l’épargne en investissement. Faciliter les transferts d’activités des secteurs du passé, dangereux et polluants, comme la chimie ou la pharmacie, vers les secteurs de l’avenir comme les télécommunications, le numérique ou les énergies propres. Etablir un protectionnisme régional, pour éviter de faire tondre définitivement notre industrie par très puissante économie Chinoise. Réduire les dépenses improductives, comme les dépenses militaires, au profit des dépenses d’avenir, comme l’éducation. Simplifier et économiser fortement sur les dépenses publiques inutiles (cf. la bonne et logique idée de supprimer le département en France). Retrouver un équilibre plus juste entre salaires et profits et capper l’échelle des salaires dans une entreprise à 1 à 10, pour permettre au pouvoir d’achat des classes moyennes de repartir à la hausse et de constituer de nouveau un vrai moteur de croissance. Rétablir les lois sur l'usure, en interdisant aux banques ou sociétés de crédit de prêter à plus de 10% au dessus du taux d'intérêt de base. Supprimer les rentes en établissant une vraie concurrence (par exemple en France en libérant les ouvertures de nouveaux magasins comme les hards discounters…). Réguler d’une main de fer les monopoles naturels comme EDF. Ces mesures énerveraient prodigieusement tout les groupes de pression qui profitent des distorsions du système, à l'image de l’aristocratie française a résisté mordicus pendant tout le XVIII° aux tentatives de la soumettre à l’impôt, elle qui en était indûment exemptée. Mais la crise légitime et facilite ces changements, à condition que politiques et dirigeants la regardent en face et préfèrent en sortir au prix de quelques sacrifices à court terme plutôt que de se persuader qu’elle est déjà terminée et différer les remèdes au risque d’une aggravation dramatique de l’état du patient…

Admettre qu’il y a eu une forme de prédation irresponsable de la part du système financier surtout américain, et la punir, reconnaître que nous sommes au milieu d’une crise structurelle très grave, refuser de considérer la bourse ou les discours politiques comme des baromètres sérieux, réfléchir à des mesures radicales et courageuses, ce n’est pas du millénarisme alarmiste. C’est du réalisme positif.

jeudi 16 avril 2009

Le protectionnisme comme sortie de crise



N’en déplaise aux adeptes de la méthode Coué, qui saisissent le moindre bout d’indice pour clamer que nous sommes en train de sortir de la crise, la dépression de 2008 n’est pas prête de disparaître.
Et la remontée récente de la Bourse, comparable aux hoquets de 1932 ou 1933, ne prouve que la formidable irrationalité et le caractère panurgique de ce marché.

La dépression actuelle est la conséquence directe de l’ultra libre échangisme et de la mondialisation forcenée des vingt dernières années. Les activités industrielles et de services de pays occidentaux ont fuit vers des paradis sociaux à faible coût de main d’œuvre, fuite amplifiée par la politique de sous évaluation de leur monnaie de pays comme la Chine et par le dynamisme des multinationales, de Nike à Apple, jouant sur l’écart entre des prix de vente élevé et des coûts au rabais.

Cette fuite liée à la mondialisation a eu deux conséquences. La première est de pousser à la hausse les taux de chômage. La deuxième de bloquer brutalement la croissance du pouvoir d’achat qui avait nourri la croissance des années 70 et 80.

Le surendettement des ménages et des entreprises occidentales n’est pas la cause directe de la dépression. C’est la solution qu’ont trouvé les états et les banques centrales, avec la complicité intéressée des banques privées, pour maintenir la consommation en l’absence de gain de pouvoir d’achat. « Vous êtes mal payé ? Mais empruntez donc, pour vous acheter maison, voiture, écran plat, voyage. En empruntant vous faites votre devoir de citoyen, car vous relancer l’économie. Allez y les petits gars ».

La concurrence des nouveaux pays industrialisés bloque le pouvoir d’achat des pays développés, mais comme il leur faut un débouché pour leur production, et que nous sommes des drogués de la fuite en avant que permets la croissance, nous incitons vigoureusement les ménages des pays occidentaux à s’endetter pour consommer. Les banques ont prospéré de façon inouïe dans les vingt dernières années car elles étaient les prêteuses folles qui nourrissaient la croissance.

Mais cette fuite en avant par le surendettement a sa limite, car les dettes ne montent pas au ciel. Quant la limite est atteinte le système claque. C’est ce qui est arrivé en 2008.

Pour que le système reparte sur des bases saines, il faut bien sûr effacer le surendettement, par faillites, hyperinflation, réduction des dettes, abandon de créances. C’est ce qui se passe : les états demandent aux contribuables de bien vouloir payer pour réduire les dettes excessives des acteurs économiques. Les plans massifs de soutien aux banque ne sont qu’un financement par l’impôt de l’effacement de l’ardoise du surendettement.

Mais il faut aussi et surtout remettre en cause l’ultra libre échangisme qui est à l’origine de la dépression. Sans cette remise en cause, le cancer continuera à ronger nos économies et nous oscillerons entre petites bouffées de croissance malsaine et rechute dans la dépression pour les décennies à venir.

La remise en cause de l’ultra libre échangisme se fait par le protectionnisme. Pas un protectionnisme paranoïaque et national, mais un protectionnisme régional (européen, nord américain etc.) et intelligent. Cette « tentation protectionniste » est accueillie par des bonnes âmes dites « libérales » avec des cris d’orfraie assez peu argumentées et une tentative de souffler sur les cendres de la crise de 1929 en invoquant la soi-disant responsabilité du protectionnisme dans son aggravation. Seuls quelques franc-tireurs isolés et lucides comme Emmanuel Todd remettent en cause cet anti-protectionnisme politiquement correct et irréfléchi.

Le protectionnisme faisait pourtant partie de l’arsenal libéral. Adam Smith, comme Litz, reconnaissait que la protection des jeunes industries, encore fragiles, de la concurrence internationale, était justifiée. Ils notaient aussi que le protectionnisme pouvait protéger une industrie nationale du comportement prédateur et du dumping de concurrents étrangers. Les « avantages comparatifs » ne fonctionnent que dans un monde ou la concurrence n’est pas faussée, de même que l’économie de marché suppose l’éradication des monopoles. Le protectionnisme et les lois anti monopoles ne sont pas contraires au libéralisme : ce sont les garants de son fonctionnement harmonieux.

Le protectionnisme, même régional et intelligent, ne sera pas accueilli de la même façon par toutes les entreprises. Certaines sont farouchement contre, celles là même qui profitent du système pour gonfler leur profit grâce au décalage entre des prix élevés et des coûts bas, comme Nike. Ce sont ces mêmes entreprises dont l’intérêt diverge avec celui des peuples. Un écart s’est en effet créé, qu’avait anticipé le chercheur américain Raymond Vernon dans les années 70, entre l’intérêt de certaines multinationales et l’intérêt des individus ou des états. Ces entreprises vont se battre contre le protectionnisme. Celui-ci, même s’il est bon pour les économies européennes, risque d’éroder leurs surprofits.

L’excédent colossal de la balance commerciale Chinoise-alors que dans le monde d’Adam Smith ces balances sont naturellement équilibrées-montre que la peine infligée aux entreprises européennes par le « libre échangisme sauvage » est beaucoup plus important que le gain lié aux exportations d’avions ou de centrales. D’autant que l’appétit Chinois ou Indien pour la technologie, et leur masse critique d’ingénieur sde qualité, risquent à terme non seulement de tarir des exportations de produits élaborés mais même de susciter de nouveaux concurrents redoutables pour les firmes européennes, du nucléaire à l’aéronautique Dans le domaine des équipements télécoms, ZTE, l’équipementier Chinois, est devenu en quelques années l’un des concurrents les plus dangereux d’Alcatel ou d’Ericsson…

La Chine a très intelligemment instrumentalisé notre fanatique libre échangisme pour conquérir des parts de marché et laminer des pans entiers de nos économies, maintenir sa monnaie sous évaluée, créer d’énormes excédents de sa balance commerciale favorables à sa croissance et accumuler des réserves de change démentielles-avec lesquelles elle pourrait demain racheter Microsoft et General Electric sans peine…On ne peut lui reprocher d’avoir fait preuve d’un formidable sens stratégique, amplifié par l’aveuglement de nos dirigeants politiques et économiques, mais on ne peut que constater les dégâts dans nos économies de cette évolution.

La concurrence extra-européenne, en partie biaisée et sauvage, détruit des emplois, des compétences, des bases technologiques en Europe.

La solution est un protectionnisme non pas national mais régional, et sélectif, ne portant que sur les produits qui viennent concurrencer les nôtres pour de mauvaises raisons, comme le textile, la chaussure ou l ‘électronique grand public. Ce protectionnisme « soft » favorisera les échanges intra régionaux, qui ont un potentiel spectaculaire, avec l’élargissement de l’Union Européenne et l’association de pays comme la Turquie. Il ne stoppera pas les flux d’échanges interrégionaux, qui doivent continuer à exister. Mais il forcera les grands pays excédentaires comme la Chine à rééquilibrer volens nolens leur balances commerciales, c'est-à-dire à nous vendre à proportion de ce qu’ils nous achètent, évitant ainsi de détruire de la valeur en Europe.

Ce protectionnisme sélectif et régional n’est pas contraire au libre-échange. Il est au contraire le garant que le libre échange aura des effets positifs et non destructeurs. Ce protectionnisme régional et intelligent est la solution structurelle de sortie de crise, s’attaquant à la cause profonde de la crise et évitant que les économies étatico/libérales comme la Chine ne balaient les économies ultra libérales comme les nôtres. C’est un paradoxe stupéfiant que Pascal Lamy, le patron de L’Organisation Mondiale du Commerce, socialiste et intègre, défende un système de libre échange extrême aussi destructeur d’emploi et de vies, dans une période de dépression aussi dure et aussi profonde que celle de 2008/2009.

On parle beaucoup de régulation du système bancaire. Mais la régulation du commerce international, la mise au pas des talibans du libre échange forcené, sont plus cruciaux pour la sortie de crise que l’évolution des indices prudentiels ou les bonus des banquiers.

jeudi 26 mars 2009

L’entreprise doit elle être morale ?

La morale parle du bien et du mal, au-delà du légal ou de l’illégal. Barack Obama, Gordon Brown et Nicolas Sarkozy ont dénoncé ces entreprises prêtes à tout pour plus de profit et dont « l’immoralité » serait l’une des causes de la crise. Ils ont stigmatisé les bonus « légaux » d’AIG ou de la Société Générale.

A contrario, pour André Comte-Sponville, dans son livre « le capitalisme est-il moral ? », les entreprises ne peuvent ni ne doivent être morales. Elles sont amorales. L’entreprise ne doit se préoccuper que de maximiser son profit en respectant la légalité. C’est à la loi de fixer des normes, non à la morale.

Mais une entreprise n’est pas qu’une machine à profit. C’est une « personne morale » prenant de multiples décisions : recrutements ou licenciements, nouveaux produits, investissements, communication, rémunérations, prix etc. Certaines décisions, même légales, posent des questions de moralité. Par exemple une entreprise lançant sur le marché une nouvelle molécule dont elle connaît les effets secondaires dangereux. Une SSII qui ment délibérément sur les performances d’un système pour emporter un marché. Un monopole prédateur qui augmente ses prix pour gonfler sa rente. Une entreprise délocalisant massivement pour gagner quelques centièmes de marge. Une entreprise poussant des produits rendant les enfants obèses. Et des entreprises en quasi-faillite distribuant des milliards en bonus à leurs dirigeants.

Dans tous ces cas réels, contrairement à la thèse de Comte-Sponville, l’obsession du profit immédiat ou la cupidité conduisent à prendre des décisions immorales, même si elles sont légales. Le surendettement délibéré de ménages pauvres est légal, mais peu moral. Toutes ces entreprises « immorales » donnent des munitions aux détracteurs du capitalisme et détruisent la confiance dans l’économie de marché, créant une poudrière en période de crise. Les émeutes en Guadeloupe trouvent en partie leur origine dans « l’immoralité » de monopoles pratiquant des prix d’extorsion. Les entreprises « immorales » sont une malédiction non seulement pour leurs clients mais aussi pour le système de marché et pour les autres entreprises…

Et contrairement au point de vue de Comte-Sponville, la légalité à elle seule ne peut suffire à rétablir la moralité. Les grandes entreprises, du lobbysme à la corruption, parviennent à biaiser en leur faveur les lois ou leur mise en œuvre, comme l’ont démontré la loi sur la distribution en France au fond très favorables aux grands hypermarchés monopolistiques. Elles savent aussi biaiser en leur faveur les résultats de la recherche, comme l’AFSSA déclarant que les OGM-de Monsanto- sont inoffensives ou l’Académie de Médecine proclamant, par la voix d’un docteur généreusement financé par Bouygues, que les émetteurs portables n’ont aucune influence sur la santé, des résultats dans ces deux cas contraires à la majorité des recherches sérieuses. N’oublions pas que certains docteurs curieusement proches des cigarettiers ont dans les années 50 aux Etats-Unis proclamé que le cancer de poumon ne pouvait être lié à la cigarette.

Au-delà de la légalité, les entreprises devraient donc avoir intérêt à être morales.

Les entreprises perçues comme « immorales », comme Microsoft, Merckx, ou Monsanto, devraient être désignées du doigt par l’état. Quand le parlement américain menace de voter une loi permettant de récupérer fiscalement et légalement les bonus géants octroyés aux dirigeants fossoyeurs d’AIG, quand le secrétaire d’état à la consommation français fustige les distributeurs inflationnistes, quand Nicolas Sarkozy et Christine Lagarde s’indignent des stocks options à prix de casse de la Société Générale, ils font comprendre que l’état et l’opinion toléreront de moins en moins l’immoralité des entreprises. Par ailleurs il est indispensable d’avoir des régulateurs musclés et non de connivence avec les régulés, comme trop souvent. Le régulateur européen s’indigne ainsi des pratiques monopolistiques de Microsoft ou des prix absurdes du roaming (appel d’un portable à l’étranger) ou des communications des fixes vers le mobile, et va tenter de mettre bon ordre à ces excès…

Les associations de consommateur, comme UFC Que Choisir, qui ont un rôle d’observation et de régulation indispensables, véritables statues du commandeur face aux entreprises immorales ou irresponsables, devraient être encouragées et appuyées. Le fait de détecter une immoralité liée à une offre (surpromesse sur la performance ou mensonge sur les inconvénients) peut en effet conduire les clients à se détourner de l’entreprise pour un concurrent performant et « moral », comme les FAI surfacturant leurs hot line malgré des délais très longs et une pertinence médiocre. Une loi sur la class action à la française devrait être rapidement votée, pour permettre à des groupes de clients floués ou contaminés par une entreprise de pouvoir l’attaquer collectivement alors qu’individuellement ils sont impuissants face aux moyens disproportionnés de l’entreprise « immorale ».

Enfin, les entreprises devraient réaliser que la morale et le profit ne sont pas divergents mais convergents. Les entreprises décentes avec leurs clients, leurs fournisseurs, leurs employés, leur environnement, comme Toyota, Essilor, Zara, ou Ikéa, démontrent que le capitalisme peut être « moral », et consolident leur pérennité grâce à une offre et à une image positive. Si Total avait aligné le prix de l’essence aux Antilles sur celui de la métropole, il aurait rejoint, au prix d’une éraflure sur ses résultats immédiats, le camp des entreprises morales … Peut-être un bon calcul, après tout, pour maximiser le profit…à long terme.

vendredi 20 février 2009

Le culte du veau d'or

La crise financière et économique que nous vivons aujourd'hui est le symptôme d’une maladie sociétale : l’obsession pour l’argent.
Elle aura peut-être comme résultat salutaire de nous guérir de cette monomanie.

La fin de la guerre froide, à la fin des années 70, n’a guère fait progresser la démocratie, mais a permis aux Etats-Unis de répandre dans le monde entier leur culte de l’argent. Dans nos pays démocratiques et développés, l’argent est, en trente ans, devenue la valeur dominante. Après avoir été méprisé ou honni jusqu’au début des années 70, ou la Rolls était l’apogée de la ringardise, le « fric » s’est imposé. Aux Etats-Unis, en Europe, mais aussi en Chine et en Russie, des fortunes colossales réalisées par des financiers, des oligarques ou d’ex cadres du parti, ont imposé deux principes : la première qu’il était possible, avec beaucoup d’entregent et un peu de chance, à défaut de compétence, de devenir milliardaire. La seconde, que la véritable hiérarchie était celle de l’argent. Plus on « vaut », plus on vaut. Achetant pêle-mêle club de foot, chalet à Courchevel, maison à Londres, yachts géants, chacun valant plusieurs dizaines de millions d’euros, glamourisés dans tous les journaux people, les milliardaires ont remplacés les « best et brightest » au sommet de la pyramide sociale.

Dans le monde entier, les salaires des PDG ont augmenté à une vitesse fulgurante, passant de quelques centaines de milliers de francs à des millions d’euros. Il ya trente ans, un PDG avait de quoi bien vivre. Aujourd'hui il fait fortune. La feuille de paie du PDG de Peugeot, Calvet, à deux millions de francs, choquait sous Giscard. Son successeur gagne dix fois plus. Michel Bon, PDG de France télécom dans les années 90, gagnait cent vingt mille euros par an. Aujourd’hui les PDG des grandes entreprises françaises gagnent en moyenne trois millions d’euros par an, soit cent cinquante fois le Smic. N’importe quel PDG de grand groupe amasse quelques dizaines de millions d’euros de patrimoine, quelle que soit sa compétence. Le salaire d’un PDG est lié à un statut et non à une performance. Le PDG de General Motors, Rick Wagoner, qui en dix ans à conduit son entreprise au bord de la faillite, et qui implore des aides de l’état, a gagné en 2008…17 millions de dollars. Celui de Goldman Sachs, en perdition, 60 millions de dollars. Des chiffres choquants qui ne choquent plus…

Les cadres dirigeants des grandes entreprises ont ainsi réussi à s’approprier une part croissante de la valeur ajoutée, par rapport aux actionnaires et aux autres salariés. Le domaine ou cette appropriation a été la plus phénoménale est la finance : en 2008, le secteur financier américain en déroute a payé 20 milliard de dollars de bonus a ses dirigeants…Royal Bank of Scotland, après avoir perdu plus de vingt milliards d’euros, un record, a proposé de distribuer… deux milliards d’euros de bonus à ses dirigeants…

D’autres fortunes très importantes ont été réalisées dans la finance : par exemple dans le trading, qui consiste à spéculer ou à arbitrer sur les mouvements boursiers ou financiers, ou dans le private equity, qui consiste à racheter des entreprises avec de l’argent prêté par des banques, tout en gardant l’essentiel de la plus value de revente. L’effet de levier a permis à des dizaines de nouveaux « high net worth individuals» d’éclore.

Après la finance, le sport : les revenus des sportifs ont été multiplié par cent et trente ans, et la hiérarchie sportive a finit par se confondre avec la hiérarchie de l’argent. La qualité d’un sportif est mesurée par son salaire mensuel et à moins de cent mille euros par mois on est un loser.

L’entrée de l’Inde, du Brésil, de la Russie, et surtout de la Chine dans l’économie de marché a mondialisé ce culte de l’argent. Dans tous les pays du monde une classe de riches, heureusement parfois entrepreneurs, malheureusement souvent profiteurs directs ou indirects d’état plus ou moins honnêtes, s’est développée. La mondialisation ayant pour effet de bloquer les salaires des employés ou des ouvriers dans les pays dits développés, sans les relever fortement dans les pays émergents, les inégalités ont explosé.

Individuellement, financiers, PDG ou sportifs ne sont ni responsables ni coupables de cet enrichissement phénoménal. Ils ne sont qu’un symptôme d’une dérive dangereuse pour la société. Le développement très rapide d’une classe d’assez riches (plus de dix millions d’euros de patrimoine), de riches (plus de cent millions d’euros) et d’ultra riches (plus de un milliard d’euros), et un renforcement brutal des inégalités, sont à la fois la cause et la conséquence d’un véritable culte du veau d’or mondial. L’argent est devenu la valeur dominante, le critère principal de classement social. Un pauvre est devenu un con, un riche un génie. Un financier enrichi peut regarder de haut un nobélisable payé trois fois le Smic. La fracture entre riche et pauvres est devenue totale. L’argent est devenu une fin en soi, puisque au-delà de ce qu’il permet d’acquérir, il est la clé du positionnement social. Il n’y a plus de héros. Il y a des riches. Armstrong n’est plus un sportif, mais une marque. Comme le remarquait finement l’ancêtre bronzé de la publicité, Jacues Séguéla : « Enfin, tout le monde a une Rolex. A cinquante and, si on n’a pas une Rolex, on a quand même raté sa vie ».

Cette contamination de toute la société par l’argent, devenu valeur dominante et objectif prioritaire, est une des causes de la crise actuelle. Pour de l’argent, des financiers ont coulé le système qui les nourrissait et ruiné des millions d’individus. Madoff et Kerviel ne sont pas des coupables, mais des conséquences. Pour de l’argent, les banques américaines ont prêté massivement à des emprunteurs qu’elles savaient insolvables, les ruinant et se ruinant. Pour de l’argent, de grandes entreprises ont menti, pollué, licencié, tué. Des entreprises pharmaceutiques ont sorti, en s’appuyant sur des médecins complices, des produits sans valeur thérapeutique mais aux effets secondaires meurtriers. Des entreprises ont licenciés des ouvriers à l’expérience et au talent unique pour augmenter d’un ou de deux pour cent leur marge, créant à la fois un désastre social et une impasse industrielle. Le surendettement massif des consommateurs et la délocalisation forcenée vers l’Asie, viennent du culte de l’argent, de la volonté psychotique d’augmenter à tout prix les profits et les bonus à court terme. Le profit n’est plus la mesure du succès de l’entreprise, de sa contribution à la société. Il est devenu une fin en soi.

L’argent a tout contaminé. Les plus riches se paient des lobbyists de plus en plus efficaces pour influencer des hommes politiques de plus en plus sensibles à l’odeur des « commissions ». Le nombre de lobbyistes a décuplé en dix ans à Washington. Le sénat et la chambre des députés en France sont devenus des repaires de défenseurs d’intérêts particuliers, comme quand le président de l’assemblée nationale est monté au créneau pour défendre…les OGM de Monsanto, multinationale américaine prélevant sa dîme sur la paysannerie et l’environnement. Les classes les plus riches ont réussi, aux Etats-Unis comme en France, a faire diminuer voir supprimer leurs impôts, en convaincant les gouvernants, de Bush à Sarkozy, que payer moins d’impôts ou conserver des niches fiscales était favorable à l’économie.

Cette pollution par l’argent-roi a été amplifiée par des media mettant en valeur les réussites financières sans s’interroger sur leur utilité sociale. Elle a été légitimée par le comportement des dirigeants politiques. Des lords travaillistes nommés par Tony Blair ont ouvertement monnayés le dépôt d’amendements favorables à de grandes entreprises. Le Président de la république française, Nicolas Sarkozy, homme politique ambitieux et actif, voulant faire bouger les lignes, semble lui aussi avoir été emporté par cette vague d’argent-roi : remettant la légion d’honneur à un homme d’affaires, il lui a dit: « bravo et j’espère qu’un jour je serai aussi riche que vous ». Bernard Kouchner, le French Doctor, héros et héraut de l’humanitaire, est devenu un être non pas malhonnête mais semble-t-il cupide, payé par des multinationales ou par des kleptocrates africains pour des missions incertaines. Rachida Tati a paru résumer son ascension politique par les marques de ses vêtements et le patrimoine de ses amis. La cupidité est ainsi devenue la norme: la génération actuelle des enfants de la bourgeoisie est imprégnée de la valeur-argent, et confonds de plus en plus valeur humaine et richesse, morale et marques. En 1968 la jeunesse pensait à dépasser le matérialisme ambiant. En 2008, elle se demande comment se payer un blackberry.

Cette évolution rappelle la fin de l’empire romain, la fin XVIII° en France, la fin du XIX° en Europe. L’obsession pour l’argent devenu valeur dominante, avant l’intégrité, la loyauté ou l’honnêteté, risque de mener à la décadence, à la révolution, ou à la guerre. Elle mène à coup sûr à la folie des financiers, au cynisme des industriels, à la corruption des politiques. Elle étouffe l’économie de marché sous les rentes de monopoles. Elle fait de la mondialisation un champ de ruines industrielles. Les émeutes en Guadeloupe, territoire malmené par quelques monopoles dans l’énergie ou la distribution, blessé par un octroi médiéval que les politiques veulent conserver pour ses recettes, combinant rente de situation et assistanat, sont des alertes sur notre avenir si nous ne renversons pas la dérive vers le tout-argent…

La plaie de l’argent-roi risque de conduire, en un mouvement de balancier extrême, vers une remise en cause aveugle du système capitaliste et de l’économie de marché et de ses aspects les plus positifs : l’argent récompensant le succès d’un entrepreneur ou d’un manager, l’argent permettant d’investir, l’argent comme huile indispensable des rouages économiques, l’argent comme guide des décisions ou des allocations de ressources favorables au consommateur.

Notre planète ne forme maintenant qu’un grand système économique intégré ; elle ne retrouvera harmonie sociale et développement économique sain que si le culte du veau d’or est aboli. « Il est plus difficile pour un riche d’entrer dans le royaume des cieux que pour un chameau de passer le chas d’une aiguille.. » : l’argent donne des responsabilités autant que des droits. Garder le cadre de l’économie de marché mais la purger de ses dérives de type mondialisation forcenée, dumping, monopoles, cartels, lobbysme cynique. Avoir des entreprises dont l’intérêt se confond avec celui de la société, qui comptabilisent les externalités (pollution etc.) qu’elles créent, qui ne mentent pas à leurs clients, ni n’utilisent leur position de force pour les racketter. Avoir des riches mais de riches entrepreneurs, dirigeants, ou investisseurs, utiles à la société, grâce à la qualité et à l’utilité des produits et des services des entreprises qu’ils fondent, dirigent, ou financent. Retrouver une échelle de salaires raisonnable. Obama sera peut-être le prophète de cette nouvelle société. Quand il a limité à 500 000 dollars le salaire des PDG aidés par l’état, il voulait dire à la société, à l’immense majorité de ceux qui gagnent 50 000 dollars par an que l’argent n’est pas tout, qu’il ne faut pas faire n’importe quoi pour de l’argent, que les organismes publics ou les entreprises ne sont pas des coffre forts qu’on peut dévaliser impunément, et qu’au-delà d’un certain multiple l’écart de salaires devient indécent et dangereux. La première mesure –symbolique- que pourrait prendre un gouvernement moderne, post-crise, pour montrer qu’il nous emmène vers une nouvelle société plus juste et plus harmonieuse serait ainsi de créer un salaire maximum… de dix fois le salaire minimum.



On peut rêver que les gouvernants, soudain éclairés comme Paul sur le chemin de Damas, comprennent qu’il y a des valeurs supérieures et prééminentes à l’argent, et que les promouvoir à travers leur exemplarité personnelle et leurs décisions politiques est l’une des clés de la nouvelle société qui émergera des décombres de la crise actuelle…

mardi 20 janvier 2009

Crise : le tsunami du désendettement

Les économies sous le poids de l'endettement

La crise que nous vivons sera profonde et durable car c’est une crise du désendettement.

Le moteur de la croissance des dix dernières années a été l’endettement. Les particuliers ne consommaient pas leurs revenus mais consommaient leurs emprunts. Ils empruntaient facilement, poussés par des banques ou des organismes irresponsables à s’endetter jusqu’au cou pour acheter de l’immobilier, une voiture, un téléviseur, et même des produits courants. Prêt immobilier, prêt automobile, prêt à la consommation, dette de carte de crédit.
Dans les pays développés, plus de ¾ des achats de voiture sont maintenant à crédit.

Cette frénésie, nourrie par la cupidité et l’inconscience des banques et des organismes de crédit, a conduit à un surendettement des entreprises et de la majorité des particuliers des pays développés. En Grèce, des particuliers ont jusqu’à dix cartes de crédit et utilisent le débit maximum sur toutes leurs cartes. Le total des dettes des Américains sur leurs cartes de crédit est de 1000 (mille !) milliards de dollars. Le taux de défaut sur les cartes de crédit est passé de 2% à 8% (80 milliards de dollars !!!), et il explose sur les emprunts immobiliers. Les individus sont asphyxiés par leurs dettes et la crise est une cyanose provoquée par cet étouffement.

Pour les entreprises, la situation est similaire. Les banques, les hedge funds, les fonds de private equity ont emprunté massivement pour financer leur activité. Une pile colossale de dettes s’est accumulée.

Cette pile instable s’est effondrée en 2008. L’endettement ayant atteint des niveaux absurdes, il est devenu impossible de l’augmenter. Conséquence : la croissance de la consommation a été stoppée, les prix des actifs (immobilier, biens durables) que la dette avait fait grimper vers le ciel, ont été bloqués puis sont redescendus. Les banques ont été obligées de passer des provisions à la fois monstrueuses et sous estimées pour refléter le risque de non remboursement, pour dévaluer les « actifs pourris » qu’elles ont-elles-même créés. Au total, environ 2000 milliards de dollars. Vous avez bien lu. 2000 milliards de dollars, et ce n’est pas fini. La folie des banques les a conduits au bord de la faillite. Seules les aides publiques, de plusieurs centaines de milliards d’euros, leur ont permis d’échapper à leur destin. La seule Bank of America devrait recevoir 120 milliards de dollars pour nettoyer ses actifs toxiques. Privatisation des profits et des bonus, nationalisation des pertes.

L’endettement est devenu insupportable. Le désendettement des particuliers, des entreprises, des banques, est une nécessité absolue. Pour se désendetter, les banques vont devoir « rétrécir » et prêteront de plus en plus difficilement aux autres banques, aux entreprises et aux particuliers. Le marché du refinancement est asséché. Ce désendettement massif fait chuter brutalement la consommation de tous les produits financés par la dette, comme l’automobile, et baisser fortement les prix de tous les actifs financés par la dette, comme l’immobilier. Les ventes d’automobiles en Europe et aux Etats-Unis ont ainsi plongé de plus de 30% au dernier trimestre 2008 et les prix de l’immobilier s’effondrent.

Le secteur financier représentait 8% de l’emploi aux Etats-Unis. Son déclin, comme celui de l’automobile et de la construction, sera profond, et diffusera à toute l’économie, transformant la récession en dépression. Le blocage du pouvoir d’achat, la montée brutale du chômage, amplifieront le phénomène de baisse de la consommation, qui, en appauvrissant les entreprises, freinera l’investissement, d’autant plus que les banques ne prêteront plus qu’au compte-goutte. Le désendettement lamine ainsi à la fois la consommation et l’investissement. Un cercle vicieux systémique s’est créé qui étouffera l’économie réelle jusqu’au moment où la dette sera revenue à un niveau plus supportable. Comme la croissance demande de la dette, le désendettement demande de la dépression. Ce n’est qu’une fois le désendettement réalisé que les économies retrouveront la croissance, mais à rythme supportable, et avec une qualité jusqu’ici manquante…

La solution trouvée par les gouvernements pour « relancer » consiste à substituer l’endettement public à l’endettement privé. Les plans de relance sont des machines à créer du déficit-donc de la dette-publique. Les déficits vont monter à 8% du PNB dans la plupart des pays développés et la dette va monter à plusieurs années de PNB. Mais la méthode de planche à billets est à la fois insuffisante et dangereuse. Insuffisante, car même les 800 milliards d’Obama, qui tendent à l’extrême le budget américain, sont insuffisants face à une crise qui s’exprime en milliers de milliards de dollars. L’essentiel de ces sommes sert non à relancer la consommation et l’investissement mais à éviter la faillite des grandes entreprises, comme AIG, General Motors, ou City, en les subventionnant. Or la faillite de grandes entreprises pose des problèmes graves à court terme, mais à long terme, l’économie, l’emploi et les consommateurs peuvent mieux s’en porter. Si l’inefficace General Motors disparaissait et si sa part de marché était récupérée par l’efficace Toyota, travailleurs, sous-traitants et consommateurs s’en trouveraient mieux…Sauver General Motors est au fond une décision catastrophique qui ralentit l’inévitable ajustement structurel. Au lieu de couper le cancer, on le nourrit…

Et l’endettement des états dû à leur laxisme récent et à leurs plans de relance aussi « massifs » qu’inutiles risque de devenir lui-même insupportable. Les états peuvent faire faillite, quand leurs dettes sont telles que même les impôts des générations futures sont insuffisants pour les rembourser. La Finlande est au bord de la banqueroute. En Europe, la Grèce, L’Irlande et l’Espagne commencent à être secoués. Et de même que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, la dette américaine ne peut être infinie. Pour « sauver » l’économie, les plans de relance créent un énorme risque d’effondrement des états sous la dette, qui aggraverait massivement la crise.

On ne peut lutter contre le tsunami du désendettement. C’est se battre contre la marée descendante avec un seau et une pelle. Au lieu de ce combat perdu, les gouvernements devraient alléger les effets les plus douloureux de la dépression pour les plus vulnérables, par exemple en renforçant les allocations chômage, en plafonnant les intérêts débiteurs, en finançant des remises de dettes, en facilitant la faillite personnelle. C’est quand tout va mal que la solidarité et la protection sont précieuses. Les victimes de la crise ne sont pas les dirigeants. Goldman Sachs a reçu huit milliards de dollars de subvention….et a distribué près de deux milliards de dollar de bonus en 2008…Les victimes ce sont les millions de chômeurs que la dépression va créer, ou tous les ménages surendettés dont le pouvoir d’achat et les perspectives sont bloquées. Les riches vont s’en tirer, sauf les imbéciles qui ont tout investi en Madoff, les pauvres vont trinquer. On ne peut pas éviter la dépression du surendettement. On peut en minimiser la douleur pour les plus touchés en utilisant la dette de l’état pour protéger les victimes au lieu de renflouer en vain des mastodontes condamnés….D’autant que les victimes sont des consommateurs et que les empêcher de sombrer…serait bénéfique pour la consommation donc pour la relance, car que peut faire un pauvre de l’argent sinon consommer plus, lui qui n’a pas d’espace pour l’épargne.

Rien ne peut être fait pour endiguer le désendettement et la dépression qui l’accompagne. Nous avons trop bu, nous nous sommes saoulés de dettes et de profits à court terme. On peut alléger les souffrances des plus menacés, le temps que la gueule de bois disparaisse. Mais endetter l’état pour lutter contre la dépression revient à faire boire un ivrogne pour le guérir. C’est le sevrer, le remède…Pour qu’il récupère…En quelques années…

vendredi 5 décembre 2008

Le plan de relance de Nicolas Sarkozy est il voué à l’échec ?

Tétanisés par la perspective d’une récession, tous les gouvernements se débattent pour faire reprendre à leur économie le chemin de la croissance. Les économistes, dont la capacité à prévoir la récession a été nulle, pérorent maintenant dans les media en donnant les recettes miracles pour la combattre. Nicolas Sarkozy a présenté à Douai le 4 Décembre son plan de relance massif.

Tous ces plans sont voués à l’échec.

La croissance ne se décrète pas. Elle est le fruit de millions de décisions prises par des agents économiques, ménages ou entreprises. Or quelle est la situation ? Les ménages, pris en tenaille entre spectre du chômage, baisse du pouvoir d’achat, et baisse de la valeur de leurs actifs (immobilier, actions) vont très légitimement ralentir leur consommation. Les ventes de voitures neuves ont baissé de 20 à 50% suivant les pays en Europe. Ni une baisse de la TVA de quelques points, ni une prime à la casse, ni des facilités de crédit, ni même une relance de l’immobilier ou de la construction n’ont le pouvoir de faire consommer les ménages.
Les entreprises, confrontées à une chute ou à une stagnation de leur chiffre d’affaires, aussi bien dans la demande intérieure qu’à l’exportation, à des coûts de financement en hausse, et à des crédits raréfiés, vont se battre pour réduire leurs coûts, d’abord en mettant à la diète leurs fournisseurs, puis en baissant leur masse salariale. Les investissements vont diminuer voire s’arrêter. Ce n’est pas en diminuant les taux directeurs (le coût du crédit augmente alors même que les taux baissent, car la prime de risque demandée par les banques est en hausse), ou en allégeant les impôts ou même en facilitant le crédit que la machine repartira. Ni avec des subventions massives. Tout au plus aura-t-on éloigné le spectre de la faillite dans la banque, l’automobile ou la construction (« too big to fail »).

Les plans d’urgence des grands gouvernements ont le pouvoir d’enrayer une crise systémique mais sont impuissants à relancer la croissance. Paradoxalement, la seule mesure pouvant éviter une diffusion massive de la crise par dumping sur les exportations, est le protectionnisme régional, au niveau d’un ensemble économique comme l’Union Européenne. Mais cette solution est condamnée d’un trait par les têtes pensantes de l’économie, au nom d’une idéologie libre-échangiste bornée. Le libre-échange mondial des quinze dernières années a été un cadeau royal fait à la Chine et à l’Inde, qui ont massivement exporté et ont importé au compte goutte, détruisant activité, savoir-faire et emplois en Europe tout en accumulant des réserves considérables, le tout avec la complicité des grandes entreprises transnationales. Filtrer les importations venant de ces pays à la monnaie sous-évaluée serait une solution pour amortir la crise. En 1929, le protectionnisme national a exacerbé la crise. En 2009, à l’inverse, maintenir le libre échange au niveau mondial va l’amplifier par dumping des pays plus puissants ou mieux contrôlés. Paniquée par le ralentissement de la croissance, la Chine a d’ailleurs commencé récemment à dévaluer le Yuan. Il faudrait en partie détricoter la mondialisation tout en continuant à tricoter la régionalisation, mais l’idée n’est pas économiquement correcte…

La méthode Coué a ses limites : les plans de relance par la fiscalité, le déficit budgétaire, les grands travaux, les subventions, ne relanceront pas nos économies. Au lieu d’une frénésie de plans dans lesquels des centaines de milliards s’envolent au vent, Nicolas Sarkozy et ses pairs devraient se préparer et préparer leurs pays à affronter quelques années de récession, et avoir le courage de démystifier les incantations économiques aussi efficaces pour faire venir la croissance que les chants indiens pour faire venir la pluie.

Est-ce si grave ? Non. La croissance est devenue une drogue dure dont il est temps de se libérer. La récession n’est pas un changement de rythme de l’économie, mais un signal que nous sommes en train, que nous devons, changer de société. La métaphore de l’économie comme un véhicule qui accélère ou ralentit, qui structure l’esprit des politiques ou des économistes, est fausse. Nous sommes en train de changer de mode de transport, pas de changer de vitesse. La récession est le résultat et le symptôme, de l’obsolescence d’un certain mode de consommation et de croissance. La financiarisation de l’économie et le crédit irresponsable font partie d’une époque révolue…

L’absence de croissance n’est pas l’enfer, contrairement à ce que proclament les augures menteurs ; c’est l’occasion de recréer une plus grande qualité de vie, de transférer des dépenses et des investissements de l’inutile ou du nuisible vers l’utile. Par exemple, le taux d’obésité croît de façon alarmante en France : il est peut être temps de faire décroître la malbouffe, ou d’arrêter de consommer des produits trop chers, trop gras, trop sucrés, trop OGMisés, n’apportant pas de valeur réelle. Ce qui est ennuyeux pour certaines entreprises multinationales serait très positif pour des centaines de petits producteurs de produits simples et sains.

La politique économique, plutôt que de s’épuiser à relancer une croissance perdue, devrait plutôt accompagner les changements structurels en cours.

Guider les ménages vers une consommation plus saine, plus locale et plus frugale (par exemple dans l’agro alimentaire en augmentant la TVA sur tous les produits gras, sucrés, ou bourrés d’additifs et en la diminuant sur les produits plus simples et plus sains). Cette évolution relancerait l’activité intérieure et ne pénaliserait que quelques entreprises géantes et mondialisées. Faciliter le passage de l’économie matérielle à l’économie immatérielle, glisser des produits coûteux sans valeur réelle à des produits dématérialisés accessibles apportant une vraie valeur au consommateur : un peu moins de polos Ralph Lauren un peu plus de contenus numériques légaux sur le net ou sur les mobiles. Un peu plus de logements décents, un peu moins de grosses voitures…Et remettre en question les rentes de situation des monopoles comme la SNCF, EDF ou GDF, pour faire baisser leurs prix, et augmenter ainsi le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises clientes…malgré la baisse du PNB…

L’échec des plans de relance aura des conséquences terribles, car le gaspillage aura été massif et l’espoir déçu considérable. Plutôt que d’essayer de se battre contre le courant et les vagues, il faut savoir les surfer.

Au lieu d’un plan de relance, on peut imaginer un plan de secours pour ceux que la crise frappera le plus durement, les 7 millions de pauvres que compte la France, plan financé au besoin par un effort de solidarité des ménages ou des entreprises les plus riches. Les plus riches ont tout intérêt à contribuer au desserrement de l’étau sur les plus pauvres : en 1789, c’est le refus de la noblesse et du clergé de contribuer aux dépenses de l’état en période de crise qui a conduit à la convocation des Etats-Généraux et … à la révolution.
Et à côté du plan de secours, un plan de qualité de vie, à travers non des usines à gaz, mais des mesures fiscales, réglementaires ou régulatrices simples, permettant une augmentation du Bonheur National Brut tant que le Produit National Brut est en berne…Peut-être pour longtemps…

vendredi 28 novembre 2008

Crise : 2008 et 1929

Pour prévoir la durée et l’intensité de la récession qui s’annonce, les économistes ou les financiers sont inutiles. Ils ont prouvé leur incompétence : Patrick Artus, l’économiste de Natixis peu avare de sa parole dans la presse et à la radio, affirmait avec aplomb en avril 2008 : la crise est finie. Le même mois, le FMI affirmait : la menace de crise financière et économique a diminué. En mai 2008, le gouverneur de la banque d’Angleterre confirmait : une récession est improbable.

Prévoir la durée et l’intensité de la récession ne peut se faire qu’en analysant notre situation et en la comparant à la crise de 1929, à laquelle elle ressemble de façon étonnante, contrairement à ce que d’autres « experts » ont proclamé.

A l’été 1929, après sept ans de croissance ininterrompue, l’économie américaine commence à ralentir. Le cours des matières premières gonflé, le pouvoir d’achat de la classe moyenne en berne, des surinvestissements et des surstocks : les conditions du ralentissement sont réunies (cela vous rappelle peut être quelque chose….)

Parallèlement, en 1928 et 1929, dans une « orgie spéculative », pour reprendre l’expression de Galbraith, la bourse américaine avait connu une croissance fulgurante, déconnectée de la réalité économique et liée à des emprunts massifs pour acheter des actions, de la part de particuliers sûrs de s’enrichir et de nouvelles sociétés inventées pour l’occasion : les Investment Trust.

En octobre 1929, ayant atteint la limite de l’irrationnel, la bourse américaine baisse avec violence (comme en novembre 2008) et l’effet de levier se retourne contre les détenteurs d’actions, obligés de liquider leurs titres pour rembourser leurs dettes, créant ainsi une spirale infernale. Malgré quelques journées de rebond, comme fin octobre 1929 (+15% en deux jours, comme en novembre 2008), la bourse plie irrémédiablement. La récession et les mauvais résultats des entreprises vont continuer à la faire baisser jusqu’en 1932 où elle vaut le 1/5° de sa valeur 1929 : une baisse de plus de 80% !
Le début de la crise de 2008 ressemble à celle de 1929 : effondrement de la bourse, ralentissement de toutes les économies, entrée officielle en récession. La crise financière contribue à enclencher la récession, puis celle-ci se nourrit d’elle-même et au passage amplifie la crise financière. La crise de 1929 durera dix ans, verra le chômage monter à 25% de la population active, et l’économie se contracter d’1/3…Question : la crise de 2008 sera-t-elle aussi profonde et aussi longue que celle de 1929 ?

En 2008, le point favorable par rapport à 1929 est l’action des gouvernements et des banques centrales. En 1929, après une timide tentative de relance par Hoover (baisse d’impôts etc.) et une baisse des taux d’intérêts de 6 à 5% par le FED, les gouvernements ont accentué la crise en revenant à un strict équilibre budgétaire grâce à une forte contraction des dépenses publiques, et en adoptant des politiques protectionnistes au niveau national.

En 2008, en revanche, les gouvernements des Etats-Unis et des pays développés, après avoir massivement soutenu les banques victimes de leur avidité, injectent plus de deux mille milliards pour soutenir leurs économies, acceptant des déficits budgétaires abyssaux, pendant que les banques centrales baissent leurs taux directeurs à marche forcée. Cette politique agressive ne suffira pas à relancer une économie mondiale dont les fondamentaux sont viciés, pas plus qu’elle n’a permis de relancer l’économie japonaise dans les années 90, mais en 2008, au moins, les gouvernements n’accentuent pas la crise comme en 1929/1933.

En revanche, en 2008, l’interconnexion beaucoup plus forte des systèmes financiers et des économies mondiales pousse à l’aggravation de la crise. BNP a perdu plus de 500 millions d’euros à cause de la faillite de Lehmann. L’économie chinoise est en train de ralentir de façon brutale suite à la chute de la demande en Europe et aux Etats-Unis. La récession est mondiale et se nourrit d’elle-même au niveau mondial. Les ventes de voitures neuves ont chuté d’un tiers au Brésil ou en Russie…

Le deuxième point défavorable en 2008, par rapport à 1929, est l’ampleur de la crise systémique. En 1929, les spéculateurs détenteurs d’actions étaient à peine plus d’un million aux Etats-Unis. En 2008, ce sont par dizaines de millions que les Américains ou les Européens sont surendettés par les vautours du crédit immobilier, du crédit à la consommation et des cartes de crédits. En fait une immense bulle du crédit s’est formée qui a nourri la croissance des dix dernières années : cette bulle a éclaté. Un empilement colossal de dettes diffusées dans toute l’économie est en train de s’effondrer sous son propre poids. Et elle ne se traduit pas simplement par une baisse de la bourse, mais aussi et surtout par une baisse brutale de la consommation et de l’investissement.

Aux Etats-Unis comme en Europe, les ménages ne pouvant plus s’endetter pour consommer vont ralentir leurs achats de façon durable, d’autant que la montée du chômage, la baisse de valeur des actifs réels (immobiliers, bourse), les menaces sur les retraites et le blocage du pouvoir d’achat vont amplifier leur tendance à épargner. Le levier du crédit, va fonctionner en sens inverse, car le désendettement deviendra nécessaire, par remboursement ou faillite personnelle. Les ménages les plus fortunés, bénéficiaires de l’orgie spéculative, se retrouveront eux aussi brusquement confrontés à une baisse de leurs revenus : sale temps pour les produits de luxe, des villas aux yachts.

Les entreprises, confrontées à une baisse inéluctable de leur chiffre d’affaires, vont elles-mêmes réduire leurs investissements, garder leur cash, réduire leurs coûts, ce qui sonne le glas de sous traitants ou de fournisseurs faciles à rationner. De façon ultime elles licencieront leurs employés. Les banques, saignées par leurs provisions massives, obligées de reconstituer leurs ratios, faméliques de cash et allergiques aux risques, vont durcir leurs conditions de crédits et réduire leurs en-cours.

Ménages, entreprises, banques : la récession mondiale va se nourrir d’elle-même. Elle sera très probablement supérieure au -1 à +2% que prédisent les augures. La récession mondiale sera beaucoup plus profonde, certains secteurs comme l’automobile baissant de 20%. Quant à la bourse, rappelons qu’en 1996, Alan Greenspan parlait d’exubérance irrationnelle avec un Dow Jones à 6400. Il est aujourd’hui à plus de 8000. Le potentiel de baisse des bourses est encore d’un bon 1/3, voire plus…

Combien de temps durera la récession. Il est très aventureux de faire une prévision précise. Mais purger les excès de la bulle du crédit et de la croissance irrationnelle des dix dernières années ne peut se faire rapidement. La montée du chômage et les difficultés des entreprises en 2009 et 2010 (faillites probables d’entreprises majeures sauf soutien artificiel par les états) vont alimenter la récession qui se prolongera probablement jusqu’en 2012, malgré les plans d’intervention des états. La bourse et l’immobilier, atteints comme en 1929 par la décroissance de l’économie réelle, baisseront de façon inéluctable. Il faudra au minimum cinq ans pour émerger de la gueule de bois que nous avons tous, y compris la Chine et l’Inde, qui connaîtront eux aussi la croissance zéro voire la décroissance.

L’économie japonaise a connu dans les années 90 dix ans de stagnation et de déflation à la suite de l’explosion de la bulle immobilière : les déficits budgétaires massifs, les taux d’intérêts à zéro et les programmes de grand travaux n’ont pas permis de restaurer la confiance et la croissance.

Les acteurs économiques, ménages et entreprises, sont en effet rationnels dans leur volonté de repli, de ralentissement de leur consommation, de fuite vers le cash. C’est leur survie qui est en jeu. Les incantations ou les programmes gouvernementaux ne peuvent changer cet état de fait, elles ne peuvent obliger les acteurs économiques à être soudain irresponsables…Au fond, les acteurs de l’économie envoient un signal : nous voulons une nouvelle donne, une économie qui ne soit plus dopée et malsaine, un nouveau monde. La société de consommation et de crédit est moribonde sous sa forme actuelle.

Et après la crise ? Pour un temps du moins, les orgies spéculatives seront endiguées et « l’exubérance irrationnelle » sera remplacée par un calme lucide. Si nous trouvons la voie de la croissance quantitativement faible ou nulle, mais qualitativement forte, grâce à l’équilibre entre régulation et marché, et à la rigueur et l’intelligence dans les dépenses publiques, alors nous connaîtrons peut-être une nouvelle ère de prospérité, différente mais plus saine que la période que nous avons connu depuis dix ans. Ce n’est pas par hasard que les secteurs les plus porteurs sont les télécoms, les media, l’entertainment, internet : ils améliorent la vie de tous sans consommer massivement des ressources et sans coûter trop cher…

Mais entre temps les risques sont très importants.

L’intervention massive des gouvernements crée un nouveau spectre : celui de la faillite d’un état. L’Islande l’a frôlé. Les grands pays comme la France, l’Angleterre ou les Etats-Unis vont se surendetter massivement pour financer les déficits colossaux que leur politique de relance et leur laxisme budgétaire structurel vont créer. Quand la dette sera si gigantesque, même le pouvoir régalien de prélever l’impôt –sur des économies exsangues- ne sera plus suffisant pour payer les intérêts et rembourser la dette, et la faillite d’un état deviendra possible.

Parallèlement, la récession pourrait déclencher des mouvements sociaux très brutaux et déstabiliser aussi bien des pays développés que des pays émergents drogués de croissance, comme la Chine ou l’Inde. Ce n’est pas FD Roosevelt qui a sorti les Etats-Unis de la crise de 1929. C’est la seconde guerre mondiale.

Après cinq ans de récession probable, deux voies s’ouvriront à nous : le chemin de la croissance qualitative, intelligente et maîtrisée, ou celui du cataclysme brutal. Souhaitons que la sagesse des foules, indiscutable, qui nous mène vers la première voie, ne soit pas étouffée par l’aveuglement ou l’égoïsme des élites.