mardi 20 janvier 2009

Crise : le tsunami du désendettement

Les économies sous le poids de l'endettement

La crise que nous vivons sera profonde et durable car c’est une crise du désendettement.

Le moteur de la croissance des dix dernières années a été l’endettement. Les particuliers ne consommaient pas leurs revenus mais consommaient leurs emprunts. Ils empruntaient facilement, poussés par des banques ou des organismes irresponsables à s’endetter jusqu’au cou pour acheter de l’immobilier, une voiture, un téléviseur, et même des produits courants. Prêt immobilier, prêt automobile, prêt à la consommation, dette de carte de crédit.
Dans les pays développés, plus de ¾ des achats de voiture sont maintenant à crédit.

Cette frénésie, nourrie par la cupidité et l’inconscience des banques et des organismes de crédit, a conduit à un surendettement des entreprises et de la majorité des particuliers des pays développés. En Grèce, des particuliers ont jusqu’à dix cartes de crédit et utilisent le débit maximum sur toutes leurs cartes. Le total des dettes des Américains sur leurs cartes de crédit est de 1000 (mille !) milliards de dollars. Le taux de défaut sur les cartes de crédit est passé de 2% à 8% (80 milliards de dollars !!!), et il explose sur les emprunts immobiliers. Les individus sont asphyxiés par leurs dettes et la crise est une cyanose provoquée par cet étouffement.

Pour les entreprises, la situation est similaire. Les banques, les hedge funds, les fonds de private equity ont emprunté massivement pour financer leur activité. Une pile colossale de dettes s’est accumulée.

Cette pile instable s’est effondrée en 2008. L’endettement ayant atteint des niveaux absurdes, il est devenu impossible de l’augmenter. Conséquence : la croissance de la consommation a été stoppée, les prix des actifs (immobilier, biens durables) que la dette avait fait grimper vers le ciel, ont été bloqués puis sont redescendus. Les banques ont été obligées de passer des provisions à la fois monstrueuses et sous estimées pour refléter le risque de non remboursement, pour dévaluer les « actifs pourris » qu’elles ont-elles-même créés. Au total, environ 2000 milliards de dollars. Vous avez bien lu. 2000 milliards de dollars, et ce n’est pas fini. La folie des banques les a conduits au bord de la faillite. Seules les aides publiques, de plusieurs centaines de milliards d’euros, leur ont permis d’échapper à leur destin. La seule Bank of America devrait recevoir 120 milliards de dollars pour nettoyer ses actifs toxiques. Privatisation des profits et des bonus, nationalisation des pertes.

L’endettement est devenu insupportable. Le désendettement des particuliers, des entreprises, des banques, est une nécessité absolue. Pour se désendetter, les banques vont devoir « rétrécir » et prêteront de plus en plus difficilement aux autres banques, aux entreprises et aux particuliers. Le marché du refinancement est asséché. Ce désendettement massif fait chuter brutalement la consommation de tous les produits financés par la dette, comme l’automobile, et baisser fortement les prix de tous les actifs financés par la dette, comme l’immobilier. Les ventes d’automobiles en Europe et aux Etats-Unis ont ainsi plongé de plus de 30% au dernier trimestre 2008 et les prix de l’immobilier s’effondrent.

Le secteur financier représentait 8% de l’emploi aux Etats-Unis. Son déclin, comme celui de l’automobile et de la construction, sera profond, et diffusera à toute l’économie, transformant la récession en dépression. Le blocage du pouvoir d’achat, la montée brutale du chômage, amplifieront le phénomène de baisse de la consommation, qui, en appauvrissant les entreprises, freinera l’investissement, d’autant plus que les banques ne prêteront plus qu’au compte-goutte. Le désendettement lamine ainsi à la fois la consommation et l’investissement. Un cercle vicieux systémique s’est créé qui étouffera l’économie réelle jusqu’au moment où la dette sera revenue à un niveau plus supportable. Comme la croissance demande de la dette, le désendettement demande de la dépression. Ce n’est qu’une fois le désendettement réalisé que les économies retrouveront la croissance, mais à rythme supportable, et avec une qualité jusqu’ici manquante…

La solution trouvée par les gouvernements pour « relancer » consiste à substituer l’endettement public à l’endettement privé. Les plans de relance sont des machines à créer du déficit-donc de la dette-publique. Les déficits vont monter à 8% du PNB dans la plupart des pays développés et la dette va monter à plusieurs années de PNB. Mais la méthode de planche à billets est à la fois insuffisante et dangereuse. Insuffisante, car même les 800 milliards d’Obama, qui tendent à l’extrême le budget américain, sont insuffisants face à une crise qui s’exprime en milliers de milliards de dollars. L’essentiel de ces sommes sert non à relancer la consommation et l’investissement mais à éviter la faillite des grandes entreprises, comme AIG, General Motors, ou City, en les subventionnant. Or la faillite de grandes entreprises pose des problèmes graves à court terme, mais à long terme, l’économie, l’emploi et les consommateurs peuvent mieux s’en porter. Si l’inefficace General Motors disparaissait et si sa part de marché était récupérée par l’efficace Toyota, travailleurs, sous-traitants et consommateurs s’en trouveraient mieux…Sauver General Motors est au fond une décision catastrophique qui ralentit l’inévitable ajustement structurel. Au lieu de couper le cancer, on le nourrit…

Et l’endettement des états dû à leur laxisme récent et à leurs plans de relance aussi « massifs » qu’inutiles risque de devenir lui-même insupportable. Les états peuvent faire faillite, quand leurs dettes sont telles que même les impôts des générations futures sont insuffisants pour les rembourser. La Finlande est au bord de la banqueroute. En Europe, la Grèce, L’Irlande et l’Espagne commencent à être secoués. Et de même que les arbres ne montent pas jusqu’au ciel, la dette américaine ne peut être infinie. Pour « sauver » l’économie, les plans de relance créent un énorme risque d’effondrement des états sous la dette, qui aggraverait massivement la crise.

On ne peut lutter contre le tsunami du désendettement. C’est se battre contre la marée descendante avec un seau et une pelle. Au lieu de ce combat perdu, les gouvernements devraient alléger les effets les plus douloureux de la dépression pour les plus vulnérables, par exemple en renforçant les allocations chômage, en plafonnant les intérêts débiteurs, en finançant des remises de dettes, en facilitant la faillite personnelle. C’est quand tout va mal que la solidarité et la protection sont précieuses. Les victimes de la crise ne sont pas les dirigeants. Goldman Sachs a reçu huit milliards de dollars de subvention….et a distribué près de deux milliards de dollar de bonus en 2008…Les victimes ce sont les millions de chômeurs que la dépression va créer, ou tous les ménages surendettés dont le pouvoir d’achat et les perspectives sont bloquées. Les riches vont s’en tirer, sauf les imbéciles qui ont tout investi en Madoff, les pauvres vont trinquer. On ne peut pas éviter la dépression du surendettement. On peut en minimiser la douleur pour les plus touchés en utilisant la dette de l’état pour protéger les victimes au lieu de renflouer en vain des mastodontes condamnés….D’autant que les victimes sont des consommateurs et que les empêcher de sombrer…serait bénéfique pour la consommation donc pour la relance, car que peut faire un pauvre de l’argent sinon consommer plus, lui qui n’a pas d’espace pour l’épargne.

Rien ne peut être fait pour endiguer le désendettement et la dépression qui l’accompagne. Nous avons trop bu, nous nous sommes saoulés de dettes et de profits à court terme. On peut alléger les souffrances des plus menacés, le temps que la gueule de bois disparaisse. Mais endetter l’état pour lutter contre la dépression revient à faire boire un ivrogne pour le guérir. C’est le sevrer, le remède…Pour qu’il récupère…En quelques années…

vendredi 5 décembre 2008

Le plan de relance de Nicolas Sarkozy est il voué à l’échec ?

Tétanisés par la perspective d’une récession, tous les gouvernements se débattent pour faire reprendre à leur économie le chemin de la croissance. Les économistes, dont la capacité à prévoir la récession a été nulle, pérorent maintenant dans les media en donnant les recettes miracles pour la combattre. Nicolas Sarkozy a présenté à Douai le 4 Décembre son plan de relance massif.

Tous ces plans sont voués à l’échec.

La croissance ne se décrète pas. Elle est le fruit de millions de décisions prises par des agents économiques, ménages ou entreprises. Or quelle est la situation ? Les ménages, pris en tenaille entre spectre du chômage, baisse du pouvoir d’achat, et baisse de la valeur de leurs actifs (immobilier, actions) vont très légitimement ralentir leur consommation. Les ventes de voitures neuves ont baissé de 20 à 50% suivant les pays en Europe. Ni une baisse de la TVA de quelques points, ni une prime à la casse, ni des facilités de crédit, ni même une relance de l’immobilier ou de la construction n’ont le pouvoir de faire consommer les ménages.
Les entreprises, confrontées à une chute ou à une stagnation de leur chiffre d’affaires, aussi bien dans la demande intérieure qu’à l’exportation, à des coûts de financement en hausse, et à des crédits raréfiés, vont se battre pour réduire leurs coûts, d’abord en mettant à la diète leurs fournisseurs, puis en baissant leur masse salariale. Les investissements vont diminuer voire s’arrêter. Ce n’est pas en diminuant les taux directeurs (le coût du crédit augmente alors même que les taux baissent, car la prime de risque demandée par les banques est en hausse), ou en allégeant les impôts ou même en facilitant le crédit que la machine repartira. Ni avec des subventions massives. Tout au plus aura-t-on éloigné le spectre de la faillite dans la banque, l’automobile ou la construction (« too big to fail »).

Les plans d’urgence des grands gouvernements ont le pouvoir d’enrayer une crise systémique mais sont impuissants à relancer la croissance. Paradoxalement, la seule mesure pouvant éviter une diffusion massive de la crise par dumping sur les exportations, est le protectionnisme régional, au niveau d’un ensemble économique comme l’Union Européenne. Mais cette solution est condamnée d’un trait par les têtes pensantes de l’économie, au nom d’une idéologie libre-échangiste bornée. Le libre-échange mondial des quinze dernières années a été un cadeau royal fait à la Chine et à l’Inde, qui ont massivement exporté et ont importé au compte goutte, détruisant activité, savoir-faire et emplois en Europe tout en accumulant des réserves considérables, le tout avec la complicité des grandes entreprises transnationales. Filtrer les importations venant de ces pays à la monnaie sous-évaluée serait une solution pour amortir la crise. En 1929, le protectionnisme national a exacerbé la crise. En 2009, à l’inverse, maintenir le libre échange au niveau mondial va l’amplifier par dumping des pays plus puissants ou mieux contrôlés. Paniquée par le ralentissement de la croissance, la Chine a d’ailleurs commencé récemment à dévaluer le Yuan. Il faudrait en partie détricoter la mondialisation tout en continuant à tricoter la régionalisation, mais l’idée n’est pas économiquement correcte…

La méthode Coué a ses limites : les plans de relance par la fiscalité, le déficit budgétaire, les grands travaux, les subventions, ne relanceront pas nos économies. Au lieu d’une frénésie de plans dans lesquels des centaines de milliards s’envolent au vent, Nicolas Sarkozy et ses pairs devraient se préparer et préparer leurs pays à affronter quelques années de récession, et avoir le courage de démystifier les incantations économiques aussi efficaces pour faire venir la croissance que les chants indiens pour faire venir la pluie.

Est-ce si grave ? Non. La croissance est devenue une drogue dure dont il est temps de se libérer. La récession n’est pas un changement de rythme de l’économie, mais un signal que nous sommes en train, que nous devons, changer de société. La métaphore de l’économie comme un véhicule qui accélère ou ralentit, qui structure l’esprit des politiques ou des économistes, est fausse. Nous sommes en train de changer de mode de transport, pas de changer de vitesse. La récession est le résultat et le symptôme, de l’obsolescence d’un certain mode de consommation et de croissance. La financiarisation de l’économie et le crédit irresponsable font partie d’une époque révolue…

L’absence de croissance n’est pas l’enfer, contrairement à ce que proclament les augures menteurs ; c’est l’occasion de recréer une plus grande qualité de vie, de transférer des dépenses et des investissements de l’inutile ou du nuisible vers l’utile. Par exemple, le taux d’obésité croît de façon alarmante en France : il est peut être temps de faire décroître la malbouffe, ou d’arrêter de consommer des produits trop chers, trop gras, trop sucrés, trop OGMisés, n’apportant pas de valeur réelle. Ce qui est ennuyeux pour certaines entreprises multinationales serait très positif pour des centaines de petits producteurs de produits simples et sains.

La politique économique, plutôt que de s’épuiser à relancer une croissance perdue, devrait plutôt accompagner les changements structurels en cours.

Guider les ménages vers une consommation plus saine, plus locale et plus frugale (par exemple dans l’agro alimentaire en augmentant la TVA sur tous les produits gras, sucrés, ou bourrés d’additifs et en la diminuant sur les produits plus simples et plus sains). Cette évolution relancerait l’activité intérieure et ne pénaliserait que quelques entreprises géantes et mondialisées. Faciliter le passage de l’économie matérielle à l’économie immatérielle, glisser des produits coûteux sans valeur réelle à des produits dématérialisés accessibles apportant une vraie valeur au consommateur : un peu moins de polos Ralph Lauren un peu plus de contenus numériques légaux sur le net ou sur les mobiles. Un peu plus de logements décents, un peu moins de grosses voitures…Et remettre en question les rentes de situation des monopoles comme la SNCF, EDF ou GDF, pour faire baisser leurs prix, et augmenter ainsi le pouvoir d’achat des ménages et des entreprises clientes…malgré la baisse du PNB…

L’échec des plans de relance aura des conséquences terribles, car le gaspillage aura été massif et l’espoir déçu considérable. Plutôt que d’essayer de se battre contre le courant et les vagues, il faut savoir les surfer.

Au lieu d’un plan de relance, on peut imaginer un plan de secours pour ceux que la crise frappera le plus durement, les 7 millions de pauvres que compte la France, plan financé au besoin par un effort de solidarité des ménages ou des entreprises les plus riches. Les plus riches ont tout intérêt à contribuer au desserrement de l’étau sur les plus pauvres : en 1789, c’est le refus de la noblesse et du clergé de contribuer aux dépenses de l’état en période de crise qui a conduit à la convocation des Etats-Généraux et … à la révolution.
Et à côté du plan de secours, un plan de qualité de vie, à travers non des usines à gaz, mais des mesures fiscales, réglementaires ou régulatrices simples, permettant une augmentation du Bonheur National Brut tant que le Produit National Brut est en berne…Peut-être pour longtemps…

vendredi 28 novembre 2008

Crise : 2008 et 1929

Pour prévoir la durée et l’intensité de la récession qui s’annonce, les économistes ou les financiers sont inutiles. Ils ont prouvé leur incompétence : Patrick Artus, l’économiste de Natixis peu avare de sa parole dans la presse et à la radio, affirmait avec aplomb en avril 2008 : la crise est finie. Le même mois, le FMI affirmait : la menace de crise financière et économique a diminué. En mai 2008, le gouverneur de la banque d’Angleterre confirmait : une récession est improbable.

Prévoir la durée et l’intensité de la récession ne peut se faire qu’en analysant notre situation et en la comparant à la crise de 1929, à laquelle elle ressemble de façon étonnante, contrairement à ce que d’autres « experts » ont proclamé.

A l’été 1929, après sept ans de croissance ininterrompue, l’économie américaine commence à ralentir. Le cours des matières premières gonflé, le pouvoir d’achat de la classe moyenne en berne, des surinvestissements et des surstocks : les conditions du ralentissement sont réunies (cela vous rappelle peut être quelque chose….)

Parallèlement, en 1928 et 1929, dans une « orgie spéculative », pour reprendre l’expression de Galbraith, la bourse américaine avait connu une croissance fulgurante, déconnectée de la réalité économique et liée à des emprunts massifs pour acheter des actions, de la part de particuliers sûrs de s’enrichir et de nouvelles sociétés inventées pour l’occasion : les Investment Trust.

En octobre 1929, ayant atteint la limite de l’irrationnel, la bourse américaine baisse avec violence (comme en novembre 2008) et l’effet de levier se retourne contre les détenteurs d’actions, obligés de liquider leurs titres pour rembourser leurs dettes, créant ainsi une spirale infernale. Malgré quelques journées de rebond, comme fin octobre 1929 (+15% en deux jours, comme en novembre 2008), la bourse plie irrémédiablement. La récession et les mauvais résultats des entreprises vont continuer à la faire baisser jusqu’en 1932 où elle vaut le 1/5° de sa valeur 1929 : une baisse de plus de 80% !
Le début de la crise de 2008 ressemble à celle de 1929 : effondrement de la bourse, ralentissement de toutes les économies, entrée officielle en récession. La crise financière contribue à enclencher la récession, puis celle-ci se nourrit d’elle-même et au passage amplifie la crise financière. La crise de 1929 durera dix ans, verra le chômage monter à 25% de la population active, et l’économie se contracter d’1/3…Question : la crise de 2008 sera-t-elle aussi profonde et aussi longue que celle de 1929 ?

En 2008, le point favorable par rapport à 1929 est l’action des gouvernements et des banques centrales. En 1929, après une timide tentative de relance par Hoover (baisse d’impôts etc.) et une baisse des taux d’intérêts de 6 à 5% par le FED, les gouvernements ont accentué la crise en revenant à un strict équilibre budgétaire grâce à une forte contraction des dépenses publiques, et en adoptant des politiques protectionnistes au niveau national.

En 2008, en revanche, les gouvernements des Etats-Unis et des pays développés, après avoir massivement soutenu les banques victimes de leur avidité, injectent plus de deux mille milliards pour soutenir leurs économies, acceptant des déficits budgétaires abyssaux, pendant que les banques centrales baissent leurs taux directeurs à marche forcée. Cette politique agressive ne suffira pas à relancer une économie mondiale dont les fondamentaux sont viciés, pas plus qu’elle n’a permis de relancer l’économie japonaise dans les années 90, mais en 2008, au moins, les gouvernements n’accentuent pas la crise comme en 1929/1933.

En revanche, en 2008, l’interconnexion beaucoup plus forte des systèmes financiers et des économies mondiales pousse à l’aggravation de la crise. BNP a perdu plus de 500 millions d’euros à cause de la faillite de Lehmann. L’économie chinoise est en train de ralentir de façon brutale suite à la chute de la demande en Europe et aux Etats-Unis. La récession est mondiale et se nourrit d’elle-même au niveau mondial. Les ventes de voitures neuves ont chuté d’un tiers au Brésil ou en Russie…

Le deuxième point défavorable en 2008, par rapport à 1929, est l’ampleur de la crise systémique. En 1929, les spéculateurs détenteurs d’actions étaient à peine plus d’un million aux Etats-Unis. En 2008, ce sont par dizaines de millions que les Américains ou les Européens sont surendettés par les vautours du crédit immobilier, du crédit à la consommation et des cartes de crédits. En fait une immense bulle du crédit s’est formée qui a nourri la croissance des dix dernières années : cette bulle a éclaté. Un empilement colossal de dettes diffusées dans toute l’économie est en train de s’effondrer sous son propre poids. Et elle ne se traduit pas simplement par une baisse de la bourse, mais aussi et surtout par une baisse brutale de la consommation et de l’investissement.

Aux Etats-Unis comme en Europe, les ménages ne pouvant plus s’endetter pour consommer vont ralentir leurs achats de façon durable, d’autant que la montée du chômage, la baisse de valeur des actifs réels (immobiliers, bourse), les menaces sur les retraites et le blocage du pouvoir d’achat vont amplifier leur tendance à épargner. Le levier du crédit, va fonctionner en sens inverse, car le désendettement deviendra nécessaire, par remboursement ou faillite personnelle. Les ménages les plus fortunés, bénéficiaires de l’orgie spéculative, se retrouveront eux aussi brusquement confrontés à une baisse de leurs revenus : sale temps pour les produits de luxe, des villas aux yachts.

Les entreprises, confrontées à une baisse inéluctable de leur chiffre d’affaires, vont elles-mêmes réduire leurs investissements, garder leur cash, réduire leurs coûts, ce qui sonne le glas de sous traitants ou de fournisseurs faciles à rationner. De façon ultime elles licencieront leurs employés. Les banques, saignées par leurs provisions massives, obligées de reconstituer leurs ratios, faméliques de cash et allergiques aux risques, vont durcir leurs conditions de crédits et réduire leurs en-cours.

Ménages, entreprises, banques : la récession mondiale va se nourrir d’elle-même. Elle sera très probablement supérieure au -1 à +2% que prédisent les augures. La récession mondiale sera beaucoup plus profonde, certains secteurs comme l’automobile baissant de 20%. Quant à la bourse, rappelons qu’en 1996, Alan Greenspan parlait d’exubérance irrationnelle avec un Dow Jones à 6400. Il est aujourd’hui à plus de 8000. Le potentiel de baisse des bourses est encore d’un bon 1/3, voire plus…

Combien de temps durera la récession. Il est très aventureux de faire une prévision précise. Mais purger les excès de la bulle du crédit et de la croissance irrationnelle des dix dernières années ne peut se faire rapidement. La montée du chômage et les difficultés des entreprises en 2009 et 2010 (faillites probables d’entreprises majeures sauf soutien artificiel par les états) vont alimenter la récession qui se prolongera probablement jusqu’en 2012, malgré les plans d’intervention des états. La bourse et l’immobilier, atteints comme en 1929 par la décroissance de l’économie réelle, baisseront de façon inéluctable. Il faudra au minimum cinq ans pour émerger de la gueule de bois que nous avons tous, y compris la Chine et l’Inde, qui connaîtront eux aussi la croissance zéro voire la décroissance.

L’économie japonaise a connu dans les années 90 dix ans de stagnation et de déflation à la suite de l’explosion de la bulle immobilière : les déficits budgétaires massifs, les taux d’intérêts à zéro et les programmes de grand travaux n’ont pas permis de restaurer la confiance et la croissance.

Les acteurs économiques, ménages et entreprises, sont en effet rationnels dans leur volonté de repli, de ralentissement de leur consommation, de fuite vers le cash. C’est leur survie qui est en jeu. Les incantations ou les programmes gouvernementaux ne peuvent changer cet état de fait, elles ne peuvent obliger les acteurs économiques à être soudain irresponsables…Au fond, les acteurs de l’économie envoient un signal : nous voulons une nouvelle donne, une économie qui ne soit plus dopée et malsaine, un nouveau monde. La société de consommation et de crédit est moribonde sous sa forme actuelle.

Et après la crise ? Pour un temps du moins, les orgies spéculatives seront endiguées et « l’exubérance irrationnelle » sera remplacée par un calme lucide. Si nous trouvons la voie de la croissance quantitativement faible ou nulle, mais qualitativement forte, grâce à l’équilibre entre régulation et marché, et à la rigueur et l’intelligence dans les dépenses publiques, alors nous connaîtrons peut-être une nouvelle ère de prospérité, différente mais plus saine que la période que nous avons connu depuis dix ans. Ce n’est pas par hasard que les secteurs les plus porteurs sont les télécoms, les media, l’entertainment, internet : ils améliorent la vie de tous sans consommer massivement des ressources et sans coûter trop cher…

Mais entre temps les risques sont très importants.

L’intervention massive des gouvernements crée un nouveau spectre : celui de la faillite d’un état. L’Islande l’a frôlé. Les grands pays comme la France, l’Angleterre ou les Etats-Unis vont se surendetter massivement pour financer les déficits colossaux que leur politique de relance et leur laxisme budgétaire structurel vont créer. Quand la dette sera si gigantesque, même le pouvoir régalien de prélever l’impôt –sur des économies exsangues- ne sera plus suffisant pour payer les intérêts et rembourser la dette, et la faillite d’un état deviendra possible.

Parallèlement, la récession pourrait déclencher des mouvements sociaux très brutaux et déstabiliser aussi bien des pays développés que des pays émergents drogués de croissance, comme la Chine ou l’Inde. Ce n’est pas FD Roosevelt qui a sorti les Etats-Unis de la crise de 1929. C’est la seconde guerre mondiale.

Après cinq ans de récession probable, deux voies s’ouvriront à nous : le chemin de la croissance qualitative, intelligente et maîtrisée, ou celui du cataclysme brutal. Souhaitons que la sagesse des foules, indiscutable, qui nous mène vers la première voie, ne soit pas étouffée par l’aveuglement ou l’égoïsme des élites.

mercredi 19 novembre 2008

Crise et marchands de désespoir

Les fabricants d’armes sont des marchands de mort. Les opérateurs de loteries sont des marchands d’espoir. Les organismes de crédit à la consommation sont des marchands de désespoir.
La crise économique très dure que nous sommes en train de vivre a été déclenchée par des intermédiaires ou des banques poussant des ménages américains pauvres à emprunter pour acheter des biens immobiliers, en leur faisant miroiter des plus values futures et en repoussant à deux ou trois ans le paiement des intérêts ou le remboursement de la dette. C’est une crise du surendettement provoquée délibérément. La titrisation de ces « prêts pourris » ou subprimes a permis de diffuser le cancer dans le monde entier.
Alors que nous sommes officiellement entrés en récession, que la baisse du pouvoir d’achat se propage et que le spectre du chômage renaît, des organismes de crédit à la consommation, loin de tirer les leçons de la bulle des subprimes, cherchent au contraire à exploiter les difficultés des classes moyennes inférieures pour fabriquer des profits à court terme, recréant ainsi une bulle financière avec comme dommage collatéral le stress voire le désespoir de millions de ménages, dans toute l’Europe.
Que ce soit à travers des pop up sur Internet ou par mail, voir par des appels téléphoniques systématiques, les ménages sont agressés de propositions de prêts alléchantes des Cofidis, Cetelem ou autres Cofinoga. Il ne s’agit pas d’être à la disposition de ménages ayant une difficulté temporaire. Il s’agit d’un démarchage actif, voire agressif, poussant les ménages à s’endetter envers ces organismes à des taux quasi-usuraires.
J’ai par exemple reçu récemment un mailing de Cofinoga, filiale de crédit à la consommation d’une grand banque : « retirez des espèces avec votre Carte Cofinoga » (oui, mais ces retraits gonfleront votre dette), « faites vos achats avec votre carte et réglez en 2009 » , « bientôt Noël achetez malin » ( à crédit bien sûr),« demande financement express de 1000 euros » etc. Le tout à des taux d’intérêt généralement supérieurs à 20% !!!
J’imagine une femme seule avec un enfant ayant un total de crédit revolving sur différentes cartes de crédit de 20 000 euros (ces cartes se sont multipliées, notamment les cartes dites co-brandées, entre un organisme et une entreprise, la dernière en date étant celle de Total).
A 20% d’intérêt elle doit payer chaque mois 350 euros d’intérêt seul, sans parler du remboursement du principal. Si elle gagne 1500 euros net par mois, ce qui est dans la moyenne, et s’il il lui reste 700 euros par mois après avoir payé l’essentiel : loyer, transport, alimentation de base, la moitié de son revenu « discrétionnaire » ira payer des intérêts sur ses crédits.
Le crédit n’est pas mauvais en soi. Il permet d’avancer la consommation et donc la gratification dans le temps, par exemple lorsqu’on achète un téléviseur écran plat à crédit. Mais deux choses le pervertissent : pousser les consommateurs à l’utiliser de façon irresponsable, comme les subprimes ou les crédits à la consommation, et des taux d’intérêts quasi-usuraires (plus de 20%).
Les organismes de crédit à la consommation surfent sur les difficultés économiques en promettant une gratification immédiate tout en occultant la douleur future du paiement des intérêts et des remboursements. Au moindre retard, les relances deviennent brutales et surtout payantes, si bien que le ménage en difficultés s’enfonce de plus en plus dans un trou noir, désarmé face à des entreprises géantes capables de mobiliser huissiers et de financer des actions en justice. Les organismes de crédit donnent leurs créances à recouvrer à des officines payées à la commission sur les sommes recouvrées ou vendent même leurs créances à des sociétés spécialisées dans le recouvrement musclé, comme l’a montré une émission récente de la BBC qui s’attaque avec courage à des problèmes de société….
Les ménages que ces organismes ont poussé à se sur endetter basculent dans la dure réalité après un rêve bref. Le crédit à la consommation est en effet comme une drogue : un plaisir fugace, des séquelles pénibles et une accoutumance dramatique. Se débattant avec les relances des sociétés de recouvrements, jonglant pour payer intérêt ou principal, réempruntant pour payer les intérêts précédents, le ménage surendetté, même s’il arrive à payer (le taux de non-paiement est inférieur à 2%) vit un véritable calvaire, une pression et des difficultés permanentes, une vie d’angoisse et de privations…Les organismes de crédit à la consommation sont ainsi des marchands de désespoirs : si le taux de non remboursement est faible, le taux de désespoir est élevé et concerne potentiellement plusieurs millions de ménages (10%, 20%, 30% des emprunteurs ?).
La récession qui commence, en accusant les difficultés de millions de ménages, rendra encore plus séduisantes les sirènes des organismes de crédit, dont les profits seront à la mesure de la crise, et dont les dommages collatéraux exacerberont les effets de cette crise. Une augmentation du taux de défaut sera absorbable par leurs surprofits, qui ne seront en revanche pas pénalisés par le taux élevé de désespoir des ménages. Une interdiction formelle de démarchage et de publicité, et un plafond d’intérêt à une marge raisonnable au-delà du taux de base (aucun prêt ne devrait pouvoir être fait à plus de 10%) sont des remèdes possibles.

C’est l’intérêt de tous de réguler ces organismes de crédit à la consommation : trop d’inquiétude, de stress, ou de désespoir pourraient en effet transformer une crise économique en crise sociale.

lundi 20 octobre 2008

Entreprises : que faire ?

Face à une crise économique aussi brutale et aussi profonde, que peuvent faire les entreprises ?

Certaines ont décidé de taper le contribuable. En premier rang des banques et des compagnies d’assurance imprudentes, en deuxième ligne des entreprises au fort pouvoir de lobby, comme la construction immobilière en France ou l’automobile aux Etats-Unis. Mais leurs besoins sont gigantesques et les états sont pauvres. Et seules les grosses bien connectées peuvent clamer : « too big to fail ». Les moyennes n’ont que leurs yeux pour pleurer « too small to bail »…

Les vraies solutions sont à trouver dans la transformation des modèles d’offre et de prix. L’effet ne sera pas immédiat mais peut permettre de traverser la tempête sans naufrage. Les grands cupides du passé devraient, pour elles-mêmes comme pour nous, renoncer à leurs surpromesses ou à leurs rentes de situation. Les hypermarchés peuvent freiner leurs promotions tournantes masquant des hausses de prix généralisées et stabiliser voire baisser leurs prix . Les grands de l’agroalimentaire ou de la pharmacie peuvent arrêter de faire payer cher illusions de santé ou de beauté. La crise rend les clients allergiques aux promesses déceptives et aux hausses de prix illégitimes. Ils ne sont plus dupes et se rebiffent en consommant moins. Pour la première fois depuis longtemps, le chiffre d’affaires des parkings ou des autoroutes baissent.
Les entreprises continuant à offrir après 2009 des produits à la valeur illusoire ou disproportionnée par rapport aux prix subiront de plein fouet la crise, verront leurs ventes chuter très lourdement et leurs profits se transformer en pertes massives.

Au contraire, les entreprises qui sauront fournir de la valeur au client à travers leurs produits ou leurs services, qui sauront diminuer leurs coûts sans diminuer cette valeur, qui sauront trouver un niveau de prix aligné-non sur leurs coûts-mais sur la valeur de leur produit, survivront à la crise. Elles attireront et garderont leurs clients grâce à la valeur réelle de leur offre, qui est le paramètre dominant pendant une crise, alors que le bling bling ou le bras de fer deviendront insupportables. Leurs profits baisseront, mais nettement moins que ceux de leurs consœurs n’apportant pas de valeur. La valeur va au-delà des produits ou des services : elle s’étend aux business modèles. Les entreprises innovantes, capables de trouver l’équilibre entre les modèles de prix pertinents pour le client et positifs pour la trésorerie, seront vaccinées contre la crise.

Et volens volens, la marge devra être sacrifiée au cash. Baisser les prix en contrepartie d’un paiement rapide des clients. Bloquer investissements et dépenses moins utiles, et donc la croissance, pour limiter l’impact d’un manque de liquidité. Mettre le navire à la cape et laisser passer le coup de vent. Accepter de gagner moins pendant quelques temps pour ne pas perdre tout.

L’économie de crise ne tolère pas le mensonge, le gaspillage ou le laxisme. Les collectivités locales ne pourront plus recruter n’importe qui. Les entreprises ne pourront faire n’importe quoi de leurs prix ou de leur offre. Les banques ne pourront plus prêter n’importe comment. La croissance artificielle induite par l’endettement et le déficit gommait les excès et les médiocrités. La crise les fait apparaître avec brutalité. Le cash, le juste prix, la valeur de l’offre : voilà les trois réponses à la crise qui limiteront la baisse inéluctable des marges et permettront d’attendre des jours meilleurs, pendant que les concurrents obstinés dans la surpromesse, la rente, ou la médiocrité, seront balayés …

jeudi 16 octobre 2008

Crises : tous coupables, tous cupides ?

La crise financière est d’une violence inouïe. Certains dirigeants de banque irresponsables ont accumulé des créances pourries, hypnotisés par l’appât du profit à court terme et des bonus considérables qui en résultaient. Deux mille milliards de dollars, c’est le total des commissions et profits générés par les crédits immobiliers en quelques années aux Etats-Unis…Cet énorme stock de créances dévaluées a précipité la chute de Lehman Brother, de Merril Lynch, de Fortis, d’Hypobank…Et surtout a crée une défiance générale des banques entre elles, une peur de la faillite du voisin, et par conséquent un assèchement des liquidités… L’un des rouages principaux de l’économie, le crédit aux entreprises, s’est tari…

Mais si les banquiers ont le dos large et leur part de responsabilité, il ne faut pas leur faire porter le chapeau. Le court termisme, la « cupidité », ont été exacerbés chez les banques, mais on les retrouve dans l’économie réelle. Des entreprises très nombreuses, des grands distributeurs aux grands monopoles naturels, des géants de l’agro alimentaire aux big pharmas, ont spéculé sur la faible élasticité des prix à court terme pour augmenter leurs prix plus que de raison. Certaines ont tenté de camoufler leurs hausses de prix sous des baisses de quantités ou de valeur, mais toutes ont pêché…

L’état lui aussi s’est révélé d’un court termisme pitoyable. Les Etats-Unis ont financé par des déficits massifs les réductions des impôts des riches, une guerre inutile et illégale, et 700 milliards par an de dépenses militaires improductives. Ils doivent 7000 milliards de dollars au reste du monde. La France a combiné largesses démagogiques et baisses d’impôts sans qu’un effort sérieux de réduction des dépenses soit engagé, abordant ainsi la crise sans réserves et avec un déficit et une dette inacceptable. En France toujours, le laxisme de l’état, a été accentué par celui des collectivités locales, promptes au recrutement clientélistes et aux investissements de prestige, combinant hausses des impôts locaux- y compris à Paris- et endettement sans frein.

Tous cupides…Aujourd’hui, nous payons leur aveuglement. La crise de l’économie réelle qui s’annonce a été accentuée par la crise financière mais créée par la cupidité de tous. Les rouages de la récession brutale qui s’annonce viennent non des banques mais de la combinaison du court termisme de tous les acteurs.

Car si l’élasticité au prix est faible à court terme, elle est plus élevée à long terme, les clients ont le temps de comprendre …et de réagir en diminuant leur consommation ou en substituant des produits peu cher aux produits trop chers. C’est ainsi que les hard discounters ont prospéré sur la faute des hyper, que même les achats alimentaires baissent en France.

La surchauffe de croissance due à la folie de la dette et des déficits à court terme a fait s’envoler les cours des matières premières. Les entreprises industrielles ou de service, en abusant de leur pouvoir de prix, ont encore plus sapé le pouvoir d’achat des ménages. La crise de liquidité et la défiance des banques attaquent le crédit immobilier et les prêts à la consommation. Le prix des actifs et la valeur de l’épargne baissent. L’inquiétude est à son comble et devient de la panique. Le cumul de ces facteurs va freiner massivement la consommation, d’autant que beaucoup de produits sont sans réelle valeur pour le client. On peut garder une voiture un an de plus, décaler l’achat d’un costume, manger un yaourt nature de marque de distributeur plutôt qu’un Actimel de Danone…

Parallèlement, l’assèchement du crédit aux entreprises couplé aux anticipations de ralentissement économique conduit tout droit à un arrêt de l’investissement.

Et l’état et les collectivités locales, sur déficitaires et endettés, ne peuvent s’amuser ni à creuser leurs déficits ni à augmenter des prélèvements obligatoires déjà insupportables dans beaucoup de pays dont la France.
Les moteurs de la croissance sont ainsi devenus des freins. La récession va être brutale, la purge sévère, avec un enchaînement des trimestres en décroissance. Le découplage de l’économie financière et de l’économie réelle est un mythe. Et les pays émergents, dont la croissance était couplée à la nôtre grâce à la mondialisation, vont eux aussi s’arrêter net. Le monde sera en récession en 2009, année horribilis.

jeudi 9 octobre 2008

Salon de l’auto ou placard de l’auto


Le salon de l’auto a ouvert ses portes. Les semi-remorques badgées Toyota ou Audi amènent stand ou voitures rutilantes. Les pimpantes hôtesses se préparent à sourire. Mais c’est un peu le bal dans le château en flamme. L’automobile est une industrie menacée. Avant même la brutale récession qui s’annonce, l’industrie automobile était confrontée à un défi impossible. Elle était devenue l’une des industries les plus concurrentielles au monde (quinze groupes concurrents s’affrontent en Europe avec trente cinq marques différentes) et son environnement s’était durci, les problèmes de congestion urbaine, de pollution et de pétrole rare pesant sur son avenir et sur ses coûts.
Mais la crise économique déclenchée par la crise financière va amplifier le défi auquel est confrontée l’industrie.
La crise amputera le pouvoir d’achat des ménages en effritant leurs revenus sans faire diminuer leurs coûts fixes. Or l’automobile est un « big ticket item », coûtant cher à l’achat, au comptant comme à crédit. La crise rendra encore plus insupportable le prix déjà trop élevé de la circulation (prix de l’essence), de la congestion (consommation, parking, amendes) et de la pollution (coûts supérieurs, malus). Sous cette double pression, les ventes de voitures neuves vont s’effondrer.
Au-delà du ralentissement des ventes, la crise rendra inopérant le processus de sortie de nouveaux modèles marginalement différents des précédents, en général plus grands et plus lourds, au fond très similaires aux modèles concurrents, et finalement assez peu attractifs car répondant mal aux évolutions rapides et profondes du marché. Les clients deviendront très exigeants sur la réponse à leurs besoins. Ils voudront des nouveautés délivrant de la valeur réelle et non de l’obsolescence contrôlée à travers des restylages de design.
Mais surtout la crise va précipiter la remise en cause du modèle d’offre actuel de l’industrie, le triptyque vente d’un produit (l’automobile), motorisation archaïque (moteur à explosion), consommation d’énergie fossile fournie par un tiers (le pétrolier). Ce modèle ne réponds plus, surtout dans les très grandes agglomérations, aux exigences du marché : faible pollution, coût d’achat raisonnable et coût global d’usage modéré et stable.
Pour survivre, l’automobile devra se réinventer à travers des ruptures d’offre et même des ruptures de modèle, pour éviter le sort de l’industrie de la musique, tuée par son inertie et son archaïsme à l’ère digitale.
Toyota a ainsi démontré, avec son hybride peu polluant et consommant peu, la Prius et avec son modèle quatre places de moins de trois mètres et consommant 4litres au cent en ville, la IQ, qu’il était possible d’introduire de nouveaux modèles calés sur les évolutions du marché.
Le low cost, dont Renault a été le pionnier, qui réponds avec succès au problème de budget des ménages en période de récession ou dans les pays émergents, devra être décliné en gammes larges et amplifié par l’ultra low cost, la voiture à 3000 euros, sur lequel avancent Tata et Renault. Le low cost à l’achat devra cependant être complété par le low cost à l’usage, à travers des prouesses de consommation.
Mais le low cost ne répond pas au problème de congestion, de pollution et de coût d’usage des mégalopoles de plus de dix millions d’habitants ou habite une part croissante de la population de la planète. Le low cost est parfait pour pour Campo Grande ou Avallon. Il est moins adapté à Mumbaï ou à Shangaï. Pour ces mégalopoles, l’automobile va devoir inventer un nouvel écosystème. Vendre de la mobilité individuelle (pour laquelle la demande restera toujours forte), et non des voitures. Moteur non polluant électrique ou équivalent (air comprimé etc.) au lieu de moteur à explosion, et donc énergie simple et peu coûteuse. Offre d’un « paquet » de services comprenant la voiture, son entretien, sa revente, l’énergie, et la place pour la garer contre un abonnement défini et fixe. Le modèle de l’industrie automobile de demain, ce sont Apple (Ipod/Itunes), Orange, ou même le Veli’b.
Les entreprises automobile, pour survivre, sont condamnées à une rupture majeure : passer du vieux modèle qui les a porté pendant cent ans à un nouveau modèle de mobilité individuelle dans les mégalopoles, qui est radicalement différent. Evoluer ou finir au placard, voila quel devrait être le thème du salon…